1492, bienvenue à Rome, royaume de la papauté… du sexe et du sang. C’est du moins la façon dont la famille régnante de l’époque, les Borgia, sont perçus. Le Pape Alexandre VI et son «clan» charrient dans leur sillon, depuis six siècles, une aura de souffre et suscite la fascination des artistes. Romans (Alexandre Dumas), théâtre (Victor Hugo), cinéma (Orson Welles), opéra, séries… Cette année, Showtime a lancé sa série télévisée, et Canal + diffuse la sienne à partir de lundi, créée par Tom Fontana (Oz).
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Rodrigo Borgia, conseillé par le Diable
«Les Borgia traînent une vraie légende noire, c’est formidable pour un scénariste», juge Ioanis Deroide, auteur de Les Séries TV : Mondes d'hier et d'aujourd'Hui. «Et la famille est un thème privilégié des séries avec ce qu’elle comprend d’amour, de jalousie… Même les séries qui évoquent des groupes d’amis (Friends, How I met…) les présentent comme de vraies familles reconstituées».
Celle des Borgia était en grande partie étrangère à l’Italie, et pour établir son pouvoir dans le paysage politique italien, Rodrigo Borgia (qui régnera sous le titre d’Alexandre VI), soudé à ses enfants, a recouru à tous les moyens, explique Guy Le Thiec, historien, auteur de Les Borgia: enquête historique (en novembre chez Tallandier): l’assassinat, l’empoisonnement, l’achat de voix pendant le conclave…» Du vivant même du Pape, on lui prête un véritable pacte faustien. «La rumeur dira qu'il était convoqué par le Diable, qui le conseillait». Elle partait fort et c’est cet aspect plus que sa libéralité (il n’interdisait pas l’opposition, les pamphlets) ou son talent politique (il suscite l’admiration de Machiavel) que l’Histoire retiendra.
Sans compter que c’est aussi un Pape dont on connaît parfaitement les maîtresses, ajoute l’historien, et l’une d’entre elles, Giulia Farnese, n’avait que 14 ans, «et malgré les normes morales de l’époque, différentes de celles d’aujourd’hui, cela a pu choquer», Rodrigo Borgia était alors presque sexagénaire.
Cesare Borgia, bras sanglant
Le but d’Alexandre VI, comme de ses prédécesseurs, était de faire de la papauté un état très puissant «et emploie les moyens classiques des princes séculiers de l’Europe de la Renaissance» explique Guy Le Thiec, dont «une reconquête militaire». Qu’il confie à Cesare Borgia. «C’est la première fois qu’un pape associait ses enfants de si près à la politique pontificale – et cela s’ajoute au fait que la famille vit dans des appartements très proches du Palais apostolique». Un petit monde fermé qui effraie les opposants du Pape. Et «une intrigue familiale très propre aux récits», selon Ioanis Deroide.
A partir de la fin du XVIIe, c’est ce Cesare qui intéresse les historiens et cristallise les critiques et les dénonciations. «Il mène en grande partie la politique de son père et a probablement assassiné son propre frère - même Alexandre le soupçonnait» souligne Guy Le Thiec.
Lucrèce, belle incestueuse?
Alexandre se doit aussi de nouer des alliances pour régner. Rien de tel que des alliances matrimoniales pour cela. Il marie sa fille Lucrèce, qui comme toute princesse va passer une première partie de sa vie à voir ses unions organisées et défaites selon la politique. Le premier mari, accusé d’impuissance pour que le mariage puisse être annulé, accuse Lucrèce d’inceste – avec son père, et son frère. «Une accusation manipulée qui va être largement reprise à travers les siècles» explique Guy Le Thiec.
Mauvais timing pour Alex
Ces rumeurs interviennent peu de temps avant la réforme protestante, (qui début dès les années 1520). Les grands polémistes protestants (autour des années 1550) s’en prennent à la papauté et notamment à Alexandre VI, pour montrer à quel point l’Eglise était corrompue. Le règne Borgia a fourni le terreau parfait. «Un matériau déjà constitué de scénariste», selon Ioanis Deroide. «Ce n’est pas étonnant qu’Antenne 2 et la BBC se soient penchées sur le sujet il y a quelques années, et que Showtime et Canal + s’y remettent en même temps».
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