A la fois libéral et indépendant, Atlantico navigue entre deux eaux

INTERNET Le site lancé lundi matin a été présenté à la presse par son directeur de la rédaction, Jean-Sébastien Ferjou...

Sandrine Cochard

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Atlantico victime de son succès, ou du moins de la curiosité qu’il suscite. Pour la présentation à la presse de ce nouveau site d’information lancé lundi matin, les organisateurs avaient vu petit et nombreuses ont été les personnes obligées de rester debout durant l’heure et demie qu’a duré la conférence de presse, dans les locaux de La Cantine, à Paris. Le projet Atlantico était très attendu. Depuis trois ans précisément, lorsqu’Arnaud Dassier, alors conseiller Internet de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, lance le premier l’idée de créer un site libéral d’information Trois ans plus tard, ce n’est pas Arnaud Dassier mais Jean-Sébastien Ferjou, le directeur de la rédaction, qui en dévoile les contours.

Chaînon manquant?

Encore un site d’info? Après les lancements successifs de Rue 89, Mediapart, LePost et Slate.fr, le paysage des pure players est déjà bien fourni mais Jean-Sébastien Ferjou l’assure: «Il reste en France des créneaux non explorés». «Entre les sites producteurs de contenus et ceux qui en agrègent, nous sommes l’échelon entre les deux», assure-t-il devant les captures d'écran du site dont le design rappelle celui de France Soir (dont le site a été développé par la même agence, Palpix). Rien de révolutionnaire pourtant puisque des sites comme Slate, Owni et LePost mêlent justement production et agrégation. Atlantico n’a donc rien du chaînon manquant au paysage digital français mais son originalité réside ailleurs. Dans son positionnement libéral précisément.

Car Atlantico est présenté depuis le départ comme à droite. Il faut dire que 49% de son capital est détenu par la holding spécialement Free Minds, composée entre autres de Xaviel Niel (fondateur d’Iliad-Free et désormais actionnaire du groupe Le Monde), Charles Beigbeder (fondateur de Poweo) ou encore Marc Simoncini (Meetic). Autant d’entrepreneurs et de chefs d’entreprise de tendance libérale qui ont façonné l’image de site d’informations de droite qui colle à la peau d’Atlantico.

«Nous ne soutiendrons aucun candidat en 2012»

Cette étiquette semble pourtant peser bien lourd. Ainsi Jean-Sébastien Ferjou s’est-il appliqué à ne pas revendiquer cette appartenance, réelle ou supposée. «Notre ambition est d’être un facilitateur d’infos qui propose un ton différent en cassant la hiérarchie habituelle de l’info: nous pouvons aussi bien traiter des sujets sérieux que des sujets plus légers, comme Lady Gaga, a-t-il assuré, rejoint dans son discours par le rédacteur en chef du site, Jean-Baptiste Giraud qui cite la robe Dior portée par Nicole Kidman dimanche soir aux Oscars. Nous ne nous interdisons aucun sujet.» Et lorsqu’on insiste sur la ligne éditoriale du site et une éventuelle couleur politique, Jean-Sébastien Ferjou affirme: «Nous ne soutiendrons aucun candidat en 2012, nous n’avons pas vocation à être prescripteur.» Et d’ajouter, lorsqu’on lui demande de répondre à ceux qui l’accusent d’être à droite: «Accuser? L’expression est intéressante. (…) Libéralisme et capitalisme ne sont pas des gros mots!» Pourquoi soigneusement les éviter alors? Etre étiqueté à droite ou pas, Atlantico semble encore naviguer entre deux eaux.

Reste que le nouveau site, qui cite allégrement ses références américaines (Huffington Post, Daily Beast, Politico), arrive en France dans un contexte de forte actualité (à un peu plus d’un an de la présidentielle) mais où les sites d’infos sont déjà bien installés. Un coup d’œil sur le classement Nielsen suffit à montrer que les cartes sont déjà bien distribuées, les sites occupant peu ou prou les mêmes rangs dans le classement de l’audience. Quelle différence pourra-t-il apporter pour rassembler les 600.000 visiteurs uniques qu’il ambitionne d’ici un an, si ce n’est, justement, de jouer à fond la carte du positionnement?

Atlantico en chiffres
Un million d’euros de budget de lancement
Une dizaine de journalistes auxquels s’ajoutent une cinquantaine de contributeurs (le site espère, à terme, s’appuyer sur un vivier de 300 contributeurs)
Equilibre budgétaire prévu dans 36 mois.

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