Après la vogue des web-documentaires, la web-fiction, déjà confirmée au Québec, pourrait bien devenir le nouveau format en vogue, au point que même les chaînes de télé et boîtes de production classiques commencent à le tester.
Certaines n’hésitent plus à monter des projets à gros budget, bien plus élaborés que des projets de fictions télé. Dernier exemple en date: la web-fiction Addict(s), véritable polar interactif écrit et réalisé par Vinvent Ravalec et Lydia Hervel, en cours de tournage à Bordeaux. Le budget s’approche carrément d’un million d’euros, étant financé en bonne partie par Arte, mais aussi par le CNC, «qui nous finance à hauteur de 25%», précise Bénédicte Lesage, productrice d’Addict(s). Une première expérience de web-fiction pour celle-ci, qui avait produit auparavant la fiction à succès La journée de la jupe.
Le pitch: une cité de Bordeaux, où évoluent quatre personnages en voie de réinsertion, et qui doivent choisir entre replonger dans la délinquance en participant à un casse, ou opter pour la rédemption.
A partir de ce fil narratif, le spectateur est invité à cheminer sur le récit qu’il construit lui-même, en choisissant son entrée. «On n’est pas dans un récit linéaire, mais multiple. Les auteurs écrivent une vingtaine d’épisodes de 3 minutes pour chaque personnage, que l’on tourne par séquences», raconte à 20minutes.fr Vincent Ravalec.
«On est partis des pratiques des internautes, qui ont l’habitude de regarder des séquences vidéos très courtes», poursuit la productrice. Des mini-séquences rythmées par des rebondissements et «cliffhanghers» propres à ce genre de récits.
Un mode de narration largement emprunté aux jeux vidéos, avec des outils propres au web. Et qui n’est pas sans rappeler celui de la web-série Imagine de HBO, où l’internaute pouvait suivre une histoire d’enlèvement dans un «cube à 4 faces».
Pour ce coup d’essai, Arte a choisi un genre plutôt sexy: le polar. Car il se prête parfaitement au nouveau mode de narration qu’induit la web-fiction: «le spectateur pourra choisir comment sera racontée l’histoire, son circuit, mais aussi plusieurs manières d’y entrer: par des personnages, des événements…», explique Bénédicte Lesage.
Concrètement, en se connectant au site web dédié, il pourra entrer dans l’histoire soit en cliquant sur un des personnages représentés, soit sur une des gardes à vues, soit en choisissant un évènement dans la «timeline», qui les affichera par ordre chronologique.
D’ailleurs, pour lui apporter une dimension interactive, ses concepteurs ont eu l’idée de prolonger le récit au-delà de la vidéo. L'internaute peut créer son profil Facebook au coeur de l'histoire. Les personnages ont donc leurs empreintes numériques sur Twitter, Facebook et Meetic. Une manière de les rendre d’autant plus réalistes…