France Inter vit dans le flou

MEDIAS Les journalistes ignorent encore à quelle sauce ils vont être mangés...

Charlotte Pudlowski

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L'entrée de France Inter à la maison de la Radio à Paris le 4 septembre 2004.

L'entrée de France Inter à la maison de la Radio à Paris le 4 septembre 2004. — JEAN AYISSI/AFP

«C’est du off». A la maison de la radio, beaucoup sont loquaces mais personne ne veut être cité. Certains parce qu’ils craignent pour leur avenir. D’autres parce qu’ils ne veulent pas contribuer au marasme, inquiéter les auditeurs, et nuire à France Inter. Mais en off ils racontent, l’ambiance «délétère», «horrible», «le flou».


S’informer

Pour savoir ce que la station sera à la rentrée prochaine, deux sources: les bruits de couloirs et les journaux. De la même manière que Stéphane Guillon a appris dans Télé Loisirs la suppression de la case humour à 7h55, tous les journalistes et techniciens de la station lisent avidement les journaux pour savoir ce qu’ils vont devenir.
 
Cela donne des situations cocasses. Mercredi, un technicien venait d’apprendre par un autre qu’un journaliste pour lequel il travaille allait être évincé. Mais le journaliste lui-même ne le savait pas. «Je vais le voir dans l’après-midi, mais je ne lui dirai rien. Ce n’est pas à moi de lui apprendre la nouvelle.»
 
Et il ne faut pas compter sur la direction non plus. «Dans les couloirs, on entend que des ‘untel m’a dit que’ et des ‘je crois que’ ; tout le monde essaie de savoir par ses propres moyens parce que la direction ne fait jamais d’annonce officielle», confie un pigiste.
 
Les journalistes sont dans une telle ignorance, que les fins d’émissions de cette saison donnent lieu à des messages tarabiscotés, de journalistes qui voudraient bien dire au revoir, mais qui ne savent pas si ce sont des adieux. Kathleen Evin, qui présente le soir L’Humeur Vagabonde, déclarait ainsi mercredi soir : «Nous vous retrouvons à la rentrée, si nous ne nous faisons pas manger par les petits cochons…»

Lionel Thompson, secrétaire général SNJ-CGT explique que «d’un point de vue stratégique, la direction préfère réserver les annonces importantes à la rentrée» pour mieux médiatiser les grosses actus. Exemple: Nicolas Demorand pourrait présenter le grand magazine prévu l’après-midi pour la prochaine saison. Il doit donner sa réponse d’ici vendredi – et la direction dit qu’elle compte organiser le reste en partie en fonction de lui. Mais sa réponse officielle ne sera peut-être pas dévoilée au public.

Ligne éditoriale

Ces changements de grilles interviennent tous les ans. Mais lorsqu’une radio va bien, elles ne changent qu’à dose homéopathique. Or cette année, les émissions supprimées sont emblématiques de la chaîne. Pourtant les audiences de France Inter se portent bien.

Le changement de ligne éditoriale est donc assez complexe – mais c’est bien de cela qu’il s’agit. La direction explique aux journalistes auxquels elle veut bien annoncer leur déplacement ou leur éviction, qu’ils ne «correspondent pas à la ligne éditoriale de la rentrée». C’est ce qu’elle a dit à Vincent Josse, dont l’émission, Esprit Critique, disparaît: «Le 9-10 n’est pas le lieu de la culture sur Inter», selon la direction. Même tonalité pour Allo La Planète.
 
Cette ligne éditoriale, personne ne sait ce que c’est: «se rapprocher de France Culture» pour l’un; faire de «l’infotainment» pour un autre. Un troisième pense que «la direction elle-même n’a aucune idée de ce qu’elle veut faire.»
 
Craintes

Jeudi matin, le personnel de France Inter adressait une lettre ouverte à ses auditeurs. «Nous partageons un attachement indéfectible à la liberté de ton, à l'impertinence, à l'exigence, à la différence et c'est ce que nous défendons tous les jours à l'antenne (...) Ces valeurs dont nous sommes fiers et qui représentent l'ADN de France Inter, se trouvent remises en cause et gravement menacées» dit le texte.
  
Le flou des auditeurs

Les auditeurs, en tout cas ceux qui se manifestent, perçoivent tous ces bouleversements comme une trahison. Depuis une semaine, des milliers de mails, de soutiens ou de plaintes sont envoyés aux émissions supprimées. On peut lire notamment: «Je fais partie de ces auditeurs qui ont grandi avec France Inter. Aujourd'hui avec le départ de S. Guillon et D. Porte, je vais aller chercher sous d'autres ondes, l'irrévérence et la différence que j'aimais tant