Publier un magazine érotique féminin, c’est facile?

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Publié le 3 mai 2010.

MEDIAS - «Filament» incarne une presse érotique chic intello. Son lointain cousin, «Jasad», est presque un contre-pouvoir. Au fait, publier un mag érotique féminin est-il forcément vendeur?...

Un magazine où il est question de philo, d’histoire, de relations humaines, de santé, et qui comporte (beaucoup) de fictions érotiques et de photos d’hommes (et de femmes) nus sur papier glacé. Oui, il s’agit bien d’un magazine féminin érotique. Bientôt un an qu’il est publié en Grande-Bretagne, et Filament prend ses marques.

Sa rédactrice en chef et fondatrice, Suraya Singh, n’a pas froid aux yeux. L’ancienne fonctionnaire a plaqué son job avec une idée très claire: «lancer un magazine érotique classique pour les femmes qui aiment regarder les hommes, avec des articles intelligents, mais pas de mode, ni de régimes, ni de rubrique people… et des beaux mecs nus».

Dans les faits, à voir son sommaire et quelques photos reproduites sur ce blog, ce magazine trimestriel louvoie entre sujets sociétaux (le bondage au Japon, le plus vieux porno du monde), fiction érotique, photos …

Lancer un mag érotique féminin : pas vraiment facile

Reste que ce mag indépendant s’est lancé sur une voie pas forcément facile. Certes, à première vue, la presse coquine a le vent en poupe, à voir quelques initiatives récentes, comme le lancement récent du premier numéro de Fluide Glamour en France, ou le succès des BD érotiques.

Seulement voilà, «Filament est difficile à vendre, d’autant que l’on est dans une société qui dit aux femmes qu’elles ne devraient pas vouloir ce genre de magazines – ce que beaucoup croient. Il y a aussi eu plusieurs échecs, ce qui rend l’industrie de la presse méfiante», estime Suraya Singh. D’ailleurs, elle vend seulement maintenant ses premières pages de pub, pourtant indispensables à tout mag pour décoller.

De fait, plusieurs éditeurs ont déjà échoué à lancer des mags érotiques pour un lectorat féminin. A part Scarlet, sorte de Cosmopolitan sexy lancé en Grande-Bretagne en novembre 2004, PlayGirl a cessé de paraître en janvier 2009 après 32 ans de publication. «Mais ils ont repris leur parution sur le Net, et veulent se relancer en magazine papier», souligne Suraya Singh.

For Women, publié par les éditeurs de Penthouse (revue érotique pour hommes) a aussi disparu faute de stratégie : ils ont voulu lancer pour les femmes ce qu’ils publiaient pour les hommes. En vain.

Lecteurs internationaux

Une chose est sûre: la presse coquine au féminin trouve un lectorat très international. Pour Filament, vendu en kiosques et britanniques et via son site web, «nous venons de doubler notre tirage, et la moitié de nos lecteurs sont étrangers», souligne Suraya Singh. Sa diffusion payante atteint ainsi 8 250 exemplaires. Et la revue pourrait bientôt être distribuée en Lithuanie, Algerie, Tunisie et en Roumanie.

Média subversif

Certes, cela permet de vendre du cul à des lectrices. Mais aussi, ce type de presse peut aussi incarner une certaine subversion, voire un contre-pouvoir.

Comme le magazine Jasad («corps» en arabe), diffusé au Liban depuis décembre 2008. Publié à Beyrouth en arabe, il vise à «refléter le corps dans toutes ses représentations, symboles et projections dans notre culture (…) loin des obscurantismes», précise sa fondatrice, Jouamam Haddad, sur la page d’accueil du site.

Une revue lancée dans le pays considéré comme le plus tolérant du Moyen-Orient, mais dont la fondatrice est régulièrement soumise à la censure, car perçue comme incarnant (trop) la liberté sexuelle à l'occidentale…


Capucine Cousin
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