A la dernière Mostra de Venise, les Italiens n'avaient d'yeux que pour le documentaire d'un... Italo-Suédois. Erik Gandini, réalisateur de 43 ans, né en Italie, montrait dans Videocracy comment la mainmise de Silvio Berlusconi sur la télévision italienne l'a non seulement amené au pouvoir, mais a aussi modifié le comportement de ses concitoyens vis-à-vis des médias. En leur apportant du rêve sur un plateau qui clignote de spots : celui de devenir riche et célèbre par la seule magie d'être passé, un jour, à la télévision. Diffusé ce soir à 23 h 15 sur Canal+, Videocracy retrace l'histoire de cette « révolution culturelle », comme la qualifie lui même Erik Gandini, l'auteur du film.
Petites pépées et paparazzi
« Ce n'est pas le premier documentaire sur le système Berlusconi, concède le patron de l'agence Capa, Hervé Chabalier, qui l'a programmé en juin 2009 dans son Festival européen des 4 écrans. Mais Videocracy montre comment le Premier ministre italien Berlusconi a construit son pouvoir en politique en utilisant les mêmes méthodes et les mêmes personnes que celles qui l'ont aidé à bâtir son empire télévisuel : de jolies filles dénudées et des gens du showbiz sans grande conviction politique. » Sinon une vague nostalgie fasciste comme le prouve l'hymne qui sert de sonnerie au téléphone de Lele Mora, agent influent spécialisé dans le « formatage » des candidats à la célébrité. Ou l'ardent désir de revanche sociale qui anime Fabrizio Corona, paparazzi récemment condamné pour avoir tenté de faire chanter le footballeur David Trézéguet à l'aide de photos privées. Deux énergumènes parmi les plus cocasses qui font partie de la garde rapprochée de Berlusconi.
« On a intérêt à regarder attentivement ce qui se passe en Italie, prévient Christine Cauquelin, la directrice des documentaires de Canal+ : la notion d'hyper-président, le mélange des pouvoirs exécutif et médiatique, la télévision comme outil de propagande et rendez-vous du rêve… En France, on n'en est pas là, du fait d'un secteur créatif fort et d'une vigilance plus grande. Mais on est prévenu. »Stéphane Leblanc