Capture d'écran du Mandatory Kill de l'agence Sipa sur la photo du tremblement de terre au Sichuan légendée dans un premier temps par erreur comme un témoignage de la situation à Port-au-Prince, le 14 janvier 2010.
Capture d'écran du Mandatory Kill de l'agence Sipa sur la photo du tremblement de terre au Sichuan légendée dans un premier temps par erreur comme un témoignage de la situation à Port-au-Prince, le 14 janvier 2010. - 20 MINUTES

Ce jeudi matin, dans Libération, une photo fait tache. Alors que le quotidien consacre plusieurs pages au tremblement de terre en Haïti, l’un des clichés montre en fait... un autre tremblement de terre, au Sichuan, en Chine, en mai 2008.

Une confusion due à une cascade d’approximations, notamment dans les agences de photos de presse, là où piochent - moyennant finances - les journaux et les sites Web d’infos pour illustrer leurs articles. Mais problème: aux premières heures de la catastrophe, mardi soir, aucune agence de photo n’est présente sur place, en Haïti. Pourtant, des clichés, tous les mêmes, ont commencé à affluer sur le fil de la plupart des agences. Des photos qui proviennent en fait... de Twitter.

Afin de pallier l'absence de photographes professionnels sur place, certaines agences auraient ainsi décidé, comme lors des manifestations en Iran en juin dernier, d’agréger des clichés trouvés sur le réseau social et pris par des soi-disant témoins sur place.

Le couac

Parmi celles-ci, la photo publiée dans Libération. Une photo où l'on peut voir des immeubles effondrés et de nombreux sauveteurs, tout de rouge vêtus, mais qui n’était pas une photo de Port-au-Prince en ruines. «La photo du Sichuan? On l'a vu tout de suite», se vante Reuters à 20minutes.fr. Sauf que ladite photo a été diffusée par plusieurs agences de presse dont l'AFP, Chine Nouvelle, Sipa et Max PPP, avant d'être retirée peu à peu, soit de façon abrupte, sans explication, soit barrée de la mention «mandatory kill» (suppression obligatoire, en VF). Et cela n’a pas été le seul cliché dans ce cas.

L'agence européenne EPA, basée en Allemagne, estime que les agences ne sont pas responsables des erreurs commises par les sources originales. «On ne peut jamais être sûr à 100%, nous ne sommes pas responsables du copyright», précise l'agence à 20minutes.fr. La question ne se pose pas pour ce rédacteur en chef d'une agence de photo, qui a souhaité gardé l’anonymat: «La situation est précipitée, on reçoit de tels flots d'images. Les erreurs arrivent tout le temps, ça ne me choque pas. Que les journaux se trompent, j'en ai rien à secouer».

Le flux à vérifier

«L'erreur est humaine», reprend le service photo de Reuters. Rentrer en contact avec des témoins (et possibles photographes) sur place n'est «pas toujours facile» ajoute le service photo de l'AFP à Paris à 20minutes.fr, qui assure vérifier soigneusement ses sources «amateurs». Une source «difficile à contrôler» sur les événements comme Haïti, confirme Sipa à 20minutes.fr, qui se défend d’avoir récupéré des clichés «directement sur le Net», mais qui a été prévenue par l’agence Chine Nouvelle pour son erreur sur le Sichuan.

Politiques d’agences

Interrogée par 20minutes.fr, Chine Nouvelle a confié s'être servie sur Radio Tele Ginen, un site haïtien qui a récupéré de nombreuses photos issues de Twitter en se déclarant «non responsable des contenus publiés».

Toute la difficulté, pour les agences de photos, est de vérifier en temps réel, les sources des images. Reuters a choisi la prudence en ne diffusant que les photos de ses propres photographes, quitte à en avoir moins, et moins vite. L’AFP photo a, elle, parfois accepté des photos en précisant qu’elles «venaient de Twitter».

Mais dans ce cas, comment faire la distinction entre le compte Twitter d’un vrai photographe comme Daniel Morel et celui d’un Lisandro Suero, inconnu au bataillon, qui diffuse, à la vitesse de la lumière, sur le site de micro-blogging des photos sans copyright. Et se fait ainsi une belle publicité. Contacté par 20minutes.fr, Lisandro Suero se dit «très occupé».
 

Jurisprudence iranienne

Depuis les manifestations en Iran en juin dernier, Twitter est devenu le moyen privilégié pour obtenir des images quand on ne peut pas en avoir.

Le contexte iranien était particulier, les journalistes étrangers n'étant pas les bienvenus dans le pays. Le cas haïtien est bien différent.

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