INTERVIEW - Membre du CSA, elle explique pourquoi la télévision est à consommer avec modération pour les plus jeunes...
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a présenté jeudi une campagne pour sensibiliser les parents à
l'impact du petit écran sur les jeunes enfants. Dans sa ligne de mire, le temps passé devant la télévision pour les moins de 10 ans (2h13 en moyenne en 2008, soit plus que les 11-14 ans) et les programmes visionnés. Selon Françoise Laborde, membre du CSA, les jeunes sont démunis devant l’écran. Interview.
Pourquoi la télévision est-elle à consommer avec modération pour les plus jeunes?
Parce que les images et les informations qu’elle véhicule peuvent être mal comprises. Le cerveau des petits est en construction permanente, les moins de trois ans notamment sont sensibles à tout ce qui les entoure. Il est donc important d’accompagner les enfants, de ne pas les laisser seuls devant la télévision mais de discuter avec eux de ce qu’ils regardent, pour comprendre ce qui les intéressent et pourquoi. La télévision ne remplace ni la nounou, ni la famille.
Préconisez-vous d’éteindre la télévision pour les moins de trois ans?
J’aurais tendance à dire que oui… Mais je pense que tout dépend de l’exemple donné par les parents. Aujourd’hui, la télévision est une présence familière qui rassure. Mais ce n’est pas la même chose d’allumer la télévision pour avoir un bruit de fond que de laisser son enfant la regarder seul.
Comment se fait-il que certaines chaînes dédiées aux bébés soient accessibles en France?
Elles sont programmées et diffusées depuis l’étranger, au Royaume-Uni notamment. Le CSA n’a donc aucune influence.
Une harmonisation européenne est-elle envisagée?
Pour l’instant, non. Nous n’avons pas signé d’accord avec le Royaume-Uni au sujet de ces chaînes, même si nous discutons beaucoup entre les différents CSA européens. Le problème, c’est que la télévision est d’abord une affaire culturelle. Chaque pays la perçoit différemment, les programmes qui ne nous semblent pas adaptés au jeune public ne le sont pas forcément ailleurs.
La campagne lancée le 20 novembre prochain évoque l’impact de la télévision en général. Tous les programmes sont concernés?
Il est très difficile de calculer l’impact des différents programmes sur les enfants. Bien sûr, il vaut mieux les laisser regarder des dessins animés ou une série qu’ils aiment plutôt que les journaux télévisés. Il faut garder à l’esprit que le flux d’informations négatives ou inquiétantes, comme des conflits ou des épidémies, a tendance à stresser les enfants.
Quid d’Internet?
Ce média échappe à tout contrôle. Aider les parents à mieux orienter leurs enfants fait partie des causes majeures du CSA. Mais je crois que la meilleure protection parentale reste la discussion.
Propos recueillis par Sandrine Cochard