Le sous-titre ne trouve pas toujours ses mots

SERIES Pour un traducteur, adapter une série anglo-saxonne ressemble à un parcours initiatique et fantastique...

Anne Kerloc'h

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Les actrices de «Sex & the City 2» le 9 septembre 2009.

Les actrices de «Sex & the City 2» le 9 septembre 2009. — ADMEDIA/SIPA

Si le traducteur n'échoue pas d'emblée dans la mare du «double entendre» (mots à double sens) il lui faudra éviter le buisson épineux des métaphores filées, puis affronter les fantômes de la culture populaire. «C'est un genre difficile, d'autant que tout va très vite: la diction des acteurs, le rythme de travail, alors qu'il faut rester percutant sur toute la saison», témoigne Vanessa Chouraqui, qui a adapté entre autres «Sex and the City».

«Le plus dur, ce sont les sitcoms»

Si, avec le sens du mot juste et des listes de vocabulaires spécialisées, les séries policières se laissent à peu près faire, les comédies sont retorses «Le plus dur, ce sont les sitcoms», confirme Sabine de Andria, qui a traduit, avec Vanessa Chouraqui, «How I Met Your Mother» et ses néologismes à gogo «Par exemple "awesomeness" qu'on a traduit par "énormitude"...». Quant à «Friends», c'est, selon Anaïs Duchet, de l'Association des traducteurs adaptateurs de l'audiovisuel, «une mine de pièges». Palpitant au rythme de l'actualité, la série implique d'être attentif aux mouvements de société. Vanessa Chouraqui sourit: «Ma soeur vit à New York. Pour "Sex and the City", je l'ai questionnée sur les marques à la mode.»

>> Le diaporama des premières images de Sex & The City 2 est ici

Autre ennemi du sous-titreur: la capacité inouïe du français à tourner autour du mot. Rien à voir avec la concision de l'anglais. Dans «Sex and the City», Mister Big en impose en trois lettres. «Big veut dire à la fois important, classe, plus âgé, grand... avec un sous-entendu sexuel. Il n'y a pas d'équivalent français», admet Anaïs Duchet. Que dire aussi des références impossibles à caser en deux mots dans un sous-titre. Ainsi L'Ivy League («ligue du lierre»), soit les universités les plus sélects, de Yale à Brown. Ou les «Spring breaks», rassemblements étudiants, printaniers et festifs. Consolation, «avec la mondialisation, la culture anglo-saxonne est de plus en plus connue, souligne Anaïs Duchet. Thanksgiving, on ne le traduit plus, alors qu'au début de «Friends», on parlait d'une fête, de manière vague.» Mais avec dinde obligatoire.

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