Jean Sarkozy le 18 mai 2009 lors d'un café politique à la Défense sur les élections européennes
Jean Sarkozy le 18 mai 2009 lors d'un café politique à la Défense sur les élections européennes - WITT/SIPA

Ici, «Jean Sarkozy va remplacer Didier Lombard à la tête d’Orange»; là, «Jean Sarkozy candidat à l’Académie française»; ou encore, «si Jean Sarkozy était en Equipe de France, on serait pas obligé de se taper les barrages!». Ces formules en forme de blagues ont abreuvé le site de microblogging Twitter tout le week-end. Au point qu’est né qu’un hashtag de circonstance, c’est-à-dire un mot clé intitulé #jeansarkozypartout. Comprendre: Jean Sarkozy est partout. Et il est devenu un mème, une unité culturelle multidiffusée sur le Net, qui entre aussitôt dans la culture collective.

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Depuis que Jean Sarkozy, 23 ans, est pressenti pour prendre la présidence de l’EPAD (Etablissement Public d'Aménagement de la Défense), les réactions pleuvent. Trop jeune, pas assez d’expérience, coopté par son père... Florent Latrive, journaliste à Libération.fr et l’un des premiers à avoir posté des messages sur les réseaux sociaux tagués #jeansarkozypartout, explique à 20minutes.fr que c’est «une réaction anodine d’agacement face au délitement des contre-pouvoirs institutionnels». Voulant compter comme contre-pouvoir, la Netosphère veut, sur le mode humoristique, faire entendre sa voix. Et se gausse de Jean Sarkozy en le grimant comme un homme à tout faire: «Apple paie 99 cents à Jean Sarkozy à chaque fois qu’il écoute une chanson», dit le bloggeur fminibar; «Maître Yoda abdique pour laisser place à Jean Sarkozy», écrit le bloggeur bluetouff; ou «Après avoir rencontré Jean Sarkozy, Ahmadinejad renonce à son programme nucléaire», lâche le juriste Rubin.

Empêcher une dérive «népotique»

Mieux, certains membres de Twitter, comme le bloggueur Nicolas Vanbremeersch, ont changé la photo de leur avatar pour arborer celle de Jean Sarkozy. Ce phénomène est étudié par des chercheurs en mémétique comme Pascal Jouxtel, auteur de Comment les systèmes pondent: une introduction à la mémétique (éditions Le Pommier). Interrogé par 20minutes.fr, le chercheur décrypte le même #jeansarkozypartout: «Si la blague concerne quelqu’un de connu, elle attire plus l’attention». Et ce, d’autant plus que Twitter et Internet en général amplifient de façon exponentielle les rumeurs et autres buzz. En outre, «le mème sert d’alerte dans la communauté et permet de mettre un coup de projecteur sur ceux qui le véhiculent». Les internautes seraient donc dans une démarche citoyenne pour empêcher un phénomène qualifié de «népotique» par Le Guardian et moqué jusqu’à la télé chinoise CCTV. Selon Pascal Jouxtel, cela inscrit le phénomène dans une «démocratie prophylactique» (qui protège cette société de ses dérives). Selon Pascal Jouxtel, cela peut aller loin: «je pense que ce buzz va l’empêcher d’être patron de l’EPAD».

Reste que l’épiphénomène est porteur: alors que Christophe Grebert, un conseiller municipal Modem de Puteaux (une des communes sur lesquelles s’étend la Défense) a lancé une pétition contre cette nomination, son site a été saturé par l’afflux de visiteurs qui ont été plusieurs milliers à signer en quelques heures. A l’heure où nous publions cet article, on compte plus de 28.000 signataires à cette pétition. Christophe Grebert, joint par 20minutes.fr, assure qu’«au-delà du nombre de signatures, je pense que l’effet de la pétition est là et a amené des réactions politiques.»

Mieux encore, le hashtag vient de donner naissance à un site Web dont l'adresse est www.jeansarkozypartout.com; son graphisme est calqué sur le fameux Desirsdavenir de Ségolène Royal.

Facebook

Des groupes Facebook reprennent eux aussi l’esprit de la pétition en s’adressant directement à Jean Sarkozy: «que Jean Sarkozy fasse des études avant de faire de la politique» ou encore «non à la nomination de Jean Sarkozy à la tête de la Défense».

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