INTERNET - Qu'ils aient opté pour le modèle gratuit ou payant, les sites misent aussi sur la vente de produits éditoriaux pour doper leurs revenus...
Face à la crise de la publicité, les sites sont contraints de se diversifier. Pour renflouer les caisses, certains misent sur la vente de produits éditoriaux. Explications.
Partenariats
Les produits éditoriaux représentent généralement l’ensemble des productions d’une rédaction. Il s’agit le plus souvent d’articles mais cela peut également englober des vidéos, des infographies, des blogs… Selon une pratique répandue, ces produits éditoriaux sont vendus à d’autres sites ou sur d’autres supports. Ainsi lemonde.fr vend certains de ses contenus «à des sites institutionnels comme celui du ministère de l’Education nationale mais pas à d’autres sites d’actualité», explique Philippe Jannet, le président du Monde interactif.
Refusant d’être financé par la publicité, Mediapart s’est aussi engagé dans cette voie, axant sa stratégie de développement autour du partenariat. En septembre 2008, le site s’est ainsi associé à l'agence Vu pour ouvrir une boutique en ligne de photojournalisme baptisée «
Mediavu’». «Le premier tirage de chaque photo sera vendu 350 euros, et le prix augmentera ensuite de 10% à chaque nouveau tirage», explique le site qui prélève 30% de ce montant. Plus récemment, Médiapart a signé en juin un accord avec l’hebdomadaire
Marianne pour formaliser une collaboration de six mois qui court jusqu’au 31 décembre 2009. Cet accord prévoit la production de d’articles pour
Marianne et la coproduction d’enquêtes et de reportages à l’étranger contre «2.000 euros par mois, et 150 euros le feuillet», détaille
Libération.
Logique de groupe
Cette stratégie, qui permet surtout de doper la notoriété ou l’image de son site en multipliant les supports de ses productions, n’a rien d’une solution miracle selon Laurent Mauriac, directeur général du pure player Rue89. «La vente de contenus ne marche pas très bien, surtout en ce qui concerne les articles, souligne-t-il. Nous avons des
partenariats ponctuels avec différents sites mais l’intérêt n’est pas financier: il s’agit d’un échange visant d’une part à faire connaître ces sites et d’autre part à enrichir notre contenu. En revanche, nous pensons que la vente de vidéo peut être plus intéressante.»
«Les partenariats d'affiliation ne rapportent pas encore beaucoup mais nous travaillons à leur développement», confirme Corinne Denis, directrice des éditions électroniques pour le groupe L’Express-Roularta. Avantage: ils peuvent attirer un internaute vers un autre site ou titre du même groupe de presse. A condition de ne pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. «Les articles sur l'économie fournis par l’Expansion.com et publiés sur l’Express.fr sont très appréciés par les internautes», explique encore Corinne Denis qui ajoute que l'expansion.com a sa ligne éditorial propre.
Réinventer la publicité
Les partenariats ne compensent donc pas la baisse de la publicité. D’où d’autres initiatives, plus personnelles, prises par certains sites. Ainsi Rue89 n’hésite pas à solliciter ses internautes. «Le site, qui a levé
1,1 million d'euros en juin 2008 (auprès de 5 investisseurs, ndlr), a décidé de faire appel à ses lecteurs en leur proposant d'acheter les briques d'un “mur” virtuel pour un prix variant de 15 à 349 euros», notait «
Les Echos», le 4 août dernier. «Cela nous a permis de percevoir 30.000 euros», se félicite Laurent Mauriac qui réaffirme l’ambition de Rue89 d’atteindre le point d’équilibre fin 2010.
Satisfait de ce test, jugé concluant, le site s’apprête à lancer d’autres «murs». «Le “mur” va s’enrichir de deux nouvelles versions prochainement: un mur dédié au carnet, sur lequel les parents pourront notamment poster les photos de leur bébé, et un agenda, explique encore le directeur général du site. Actuellement, une brique de ce mur est vendue pour un an mais nous planchons également sur des durées plus courtes, de trois mois par exemple.» Ces nouveaux murs, qui rappellent les "
faire-part du monde.fr", pourraient être proposés sur le site en octobre. «C’est une nouvelle manière de faire de la publicité sur le Net qui permet de renforcer le lien communautaire entre nos internautes et notre marque», estime encore Laurent Mauriac pour qui les traditionnelles bannières se sont plus suffisantes.
Autre initiative, beaucoup plus surprenante: sortir une édition imprimée de son site. C’est le pari qu’a décidé de relever Bakchich.info en publiant, à compter du 23 septembre prochain, un
hebdomadaire satirique. «Aujourd’hui, les revenus issus d’Internet couvrent la moitié de nos dépenses qui sont de 50.000 euros par mois. Pour figurer en bonne place dans les budgets des annonceurs, il est nécessaire de faire valoir une bonne audience. Or nous n’avons pas les moyens de développer les outils de référencement (qui permettent aux pages des sites d’être indexées en tête des moteurs de recherche comme Google, ndlr), pour doper notre audience,
nous expliquait en août Nicolas Beau, le directeur de la rédaction du site. En revanche, si nous arrivons à vendre 20.000 exemplaires du futur hebdo, que nous proposerons autour de 2 euros, nous rentrerons dans nos frais.» L’équilibre financier n’est-il donc possible qu’avec une stratégie bi-média?
Sandrine Cochard