TELEVISION - Emission emblématique de ce concept né avec le nouveau millénaire, «Big Brother» s'arrêtera officiellement l'an prochain...
Tout un symbole. Jeudi, la chaîne britannique Channel 4 a annoncé qu’elle
mettait fin à son programme Big Brother, émission emblématique de la téléréalité née aux Pays-Bas en 1999. L’an prochain sera donc la dernière saison d’un show décrié mais qui a profondément bouleversé la production télévisuelle. L’émission a atteint son «point final», a estimé Kevin Lygo, responsable des activités de Channel 4. L'une des fonctions de Channel 4, à savoir «repousser les frontières, a été une part essentielle de l'alchimie bizarre qui a permis le succès de Big Brother, mais c'est cela qui nous dit maintenant que cette émission a atteint son point final sur Channel 4 et qu'il est temps de passer à autre chose». Cette éviction annonce-t-elle la fin de la téléréalité?
Etat de grâce et tourmente
En 1999 naît un nouveau concept télévisuel simple et pas cher à produire: parquer des candidats dans une immense maison pour les filmer 24h sur 24h et retransmettre en direct ou en différé leurs aventures soigneusement scénarisées par la production. Endemol, créateur du concept de Big Brother, vend alors son émission un peu partout en Europe. En France, elle débarque en 2001 sur M6 sous la forme d’une grande blonde aux «platform-shoes» dont les strings et les péripéties aquatiques resteront dans les mémoires. Loft Story est née et déchaîne les passions, les réactions les plus violentes l’accusent même de faire de la «télé-poubelle».
Jusqu’en 2007, le concept se développe et fait des petits:
Koh Lanta, L’Ile de la tentation, Star Academy,
Secret Story, Greg le millionnaire et son alter ego
Marjolaine et les millionnaires, La Ferme Célébrités,
Nice People etc. pour TF1;
Le Bachelor, Popstars,
Nouvelle Star,
Le Pensionnat de Chavagnes,
Opération séduction aux Caraïbes etc. pour M6. Cette quasi décennie d’état de grâce s’achève brutalement en février 2008 lorsque d’anciens participants à «L’île de la tentation» intentent un procès aux producteurs des émissions pour requalifier leur expérience télévisuelle en contrat de travail. La cour d'appel de Paris puis la cour de cassation
leur donnent raison, estimant qu’ils avaient bien accompli «un travail» et
auraient dû être rémunérés pour cela. Ce jugement sonne le glas de la téléréalité, pense-t-on alors.
Point de non-retour
Le concept survit pourtant,
même s’il peine à se renouveler, et fait désormais partie de la routine télévisuelle. Un nouvel événement va changer la donne.
Fin 2008, la candidate britannique
Jade Goody pousse le concept à son paroxysme en médiatisant son cancer, découvert alors qu’elle participait à Bigg Boss, l’équivalent indien de Big Brother. A son retour au Royaume-Uni, elle vend aux médias son combat contre la maladie, quelle qu'en soit l'issue. Objectif revendiqué: récolter autant d'argent que possible pour assurer l'avenir de ses deux fils, Bobby, 5 ans, et Freddy, 4 ans, nés d'une précédente union. Jade Goody enchaîne ensuite les couvertures des magazines et journaux britanniques, sa notoriété gagne même le monde entier. Elle
s’éteint finalement le 22 mars 2009 et connaît les honneurs d’obsèques quasi nationales.
Avec le phénomène Jade Goody, la téléréalité atteint ses limites: impossible en effet d’aller plus loin que la jeune femme, décédée sous les projecteurs. Parallèlement, le public sature et l’audience s’érode. Durant l’automne 2008,
Star Academy, diffusée sur TF1, est régulièrement malmenée par la
série NCIS, également programmée le vendredi soir par M6. A la rentrée 2009, l’émission ne sera d’ailleurs pas au programme de la chaîne.
La concurrence des réseaux
En outre, la concurrence des réseaux sociaux comme Facebook, MySpace et Twitter a eu raison de Big Brother. La jeune génération vit déjà en direct du divertissement via les walls de Facebook et des tweets de Twitter, elle n’a plus besoin de voir ses congénères via petit écran. «Les critères de l’attitude qu’il faut avoir quand on est ado sont inscrits sont sur les réseaux, et ce, d’une façon beaucoup plus fiable que ce que Big Brother n’a jamais pu faire», écrit le
Guardian.
Malgré l’arrêt de Big Brother et la «pause» de Star Academy, le genre n’est pourtant pas mort.
Secret Story assure de bons scores d’audience à TF1, même si l’émission a été rappelée à l’ordre par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) pour «
les images de nudité et la vulgarité de certains propos», début août.
Sandrine Cochard