MEDIAS - Entre le patron de l'hebdomadaire et sa rédaction, le courant n'est pas passé...
L’interview de Nicolas Sarkozy dans «Le Nouvel Observateur» n’est pas encore parue - elle le sera jeudi mais il y en
a des extraits ici - qu’elle fait déjà des vagues en interne. Ce mercredi matin,
Denis Olivennes, le directeur du journal qui a réalisé l’entretien du président de la République avec Philippe Labro, le directeur de la rédaction, a dû s’expliquer devant sa rédaction. Et cela a été tendu.
Ce que les journalistes du «Nouvel Obs» reprochent à leur patron? 1. De laisser l’Elysée «instrumentaliser» le journal en imposant son agenda (l’accord pour l’interview a été donné dimanche à 11h, l’interview a été réalisée le même jour à 17h30). 2. D’avoir exclu les journalistes de l’élaboration de l’interview. 3. De publier un entretien de huit pages qui, selon des journalistes interrogés par 20minutes.fr, «ne dit rien que l’on ne sait déjà du président».
Des griefs que Denis Olivennes retoque: «Nous sommes le premier news magazine français, on a la possibilité d’avoir une interview en exclusivité du président de la République et on la refuserait?, explique-t-il à 20minutes.fr. Nous ne nous sommes pas privés de lui poser des questions assez vachardes sur le Fouquet’s, le bling-bling, le paquet fiscal... Rien ne lui a été épargné.» Quant à l'agitation matinale de sa rédaction, elle n'inquiète pas Denis Olivennes: «C’est la vie normale d’un journal. On discute et, parfois, on se dispute.»
Le timing
Mais les journalistes du «Nouvel Obs», eux, ne comprennent pas tous le «positionnement» de cette interview. Fallait-il la faire maintenant?, questionnent-ils. Nul doute possible pour Denis Olivennes: «Nous sommes à un moment charnière de la présidence, où Nicolas Sarkozy opère un recentrage. Un moment clé. En parler, c'est la mission d’un journal de gauche, considéré comme un journal de l’opposition» par le gouvernement. Un argument qui fait grincer des dents en interne. Pour la rédaction de l'hebdomadaire, c'est l'inverse: donner la parole à Nicolas Sarkozy sans qu'il n'annonce rien, c'est lui rendre service. Selon la Société des rédacteurs de l'hebdomadaire
citée par Rue89, cela pourrait être une façon «de resserrer des liens avec le Président, comme beaucoup le pensent au sein de la rédaction.»
Collégialité?
Surtout, les journalistes de L'Obs ne décolèrent pas d’avoir appris que cette entrevue aurait lieu sans eux. Certes, il y a eu ce mail envoyé par Denis Olivennes à tous les chefs de service du journal juste après le coup de fil de l’Elysée. Un mail arrivé dans les boîtes électroniques dimanche dernier à 11h45…
A la question «pourquoi n’y avait-il pas de journaliste politique avec vous pour cette interview?», Denis Olivennes argue qu'il était dans l'urgence et que l’«on est moins bons à plusieurs en entretien». «Le Nouvel Obs est une collégialité, mais il y a une direction, et ça ne me paraît pas anormal que la direction d’une rédaction réalise une interview. Au final, je suis ravi du coup que l'on a fait!».
Alice Antheaume