Le magazine «20 ans» ressort dans les kiosques, samedi 11 avril 2009.
Le magazine «20 ans» ressort dans les kiosques, samedi 11 avril 2009. - no credit
Trois ans après avoir mis la clé sous la porte, «20 ans» renaît de ses cendres ce samedi avec une nouvelle formule et une nouvelle équipe. Le groupe FT Médias a racheté en février dernier le nom de ce magazine «conçu pour les filles de dix ans mais lu par les femmes de trente qui ont peur de vieillir» comme l’écrivait Michel Houellebecq.

Sous le vernis glamour de la couverture, les jeunes lectrices ne sauront pas dans quelles conditions le magazine a été conçu. «30 astuces pour devenir canon», annonce la Une. 20minutes.fr révèle les 7 astuces pour faire un magazine sans argent.

La rédactrice en chef est stagiaire
Dans l’édito du magazine, les lectrices ont découvert à leur grande surprise une très jeune fille en photo: Claire Crepon, 19 ans, étudiante en communication et rédactrice en chef de «20 ans». Elle vient de réaliser un magazine en un temps record (un mois et demi) avec une convention de stage, tout en continuant ses études de communication la journée. Mais le patron de FT Médias, Frédéric Truskolaski, l’a remerciée quelques jours avant la parution du magazine. «On a estimé qu’elle était un peu jeune», explique Truskolaski.

Les rédactrices sont très jeunes
Selon nos informations, la vingtaine de rédactrices qui ont participé au premier numéro ont pour la plupart entre 18 et 20 ans et ont été recrutées par des annonces sur Internet. «Frédéric Truskolaski profite de la crédulité de filles qui croient qu’écrire dans «20 ans» sera un tremplin dans leur carrière», explique Audrey*, journaliste au magazine. «J’ai fait ça surtout pour l’expérience, comme un stage», commente Julie*. «On va recruter des journalistes professionnels dans les semaines qui viennent», assure Frédéric Truskolaski. «On n’a forcé personne à travailler. On ne fait rien de mal, entre guillemets», déclare un proche du patron qui se fait appeller auprès de nous «Vincent B.».

Les piges sont ridiculement basses
A ce tarif, le paiment des rédactrices s’apparente à de l’argent de poche: 20€ l’article de 2 à 3 pages, 10€ pour une page, et 5€ quand l’article fait moins d'une page. Comme le relève la blogueuse Filledurock qui a été contactée par la rédaction pour écrire dans le magazine, «à 10 euros la page, il faudrait rédiger 132 pages dans le mois pour toucher le Smic». «C’est immoral mais pas illégal: il n’y a pas de barème de piges dans la presse magazine féminine», indique Martine Rossard, du Syndicat national des journalistes.

Les piges peuvent être payées au noir
Plusieurs rédactrices attestent que les piges — qui n’ont pas encore été payées — ne devraient pas être déclarées. «Vincent B.» explique que si les salaires sont payés au noir, «ce n’est pas notre souhait»: «la plupart des rédactrices ne veulent pas de factures pour des sommes de 30 ou 40 euros», explique t-il. Autre entorse au droit du travail: les piges ne seront payées que si les articles sont finalement publiés, répète la direction.

Le paiement des piges est sans cesse repoussé
D’après des extraits de discussion MSN que nous nous sommes procurés, début mars, la règle de paiement était la suivante, telle que définie par Frédéric Truskolaski: «le paiement des articles se fait à la fin du mois par chèque». Mi-mars, les règles ont subitement changées: «les articles sont payés uniquement lorsque le magazine est sorti». Audrey attend toujours l’argent.

La rédaction est gérée sur MSN
«20 ans» ne dispose pas de locaux. La plupart des décisions sont prises sur MSN, où Frédéric Truskolaski est très souvent connecté. Toutes les rédactrices que nous avons contacté dénoncent son «harcèlement» sur le logiciel de messagerie. «Dès que je me connecte sur MSN, il vient me parler. Quand il veut me faire comprendre quelque chose, il l’écrit en majuscules», raconte Maud*. Une autre rédactrice, excédée, l’a «bloqué» pendant plusieurs jours pour retrouver la tranquillité. Les quelques conférences de rédaction qui ont eu lieu, ont été organisées à Paris dans des bureaux loués à l’heure.

Une rédactrice tombée en disgrâce est bloquée sur MSN
Innovation dans le droit du travail: la rupture du contrat par blocage sur MSN. «La dernière fois que j’ai eu un contact avec Frédéric Truskolaski, c’était pour lui demander de me payer mes articles. Cela fait une semaine que je n’ai plus de nouvelles alors qu’avant dès que je me connectais sur MSN, il me parlait immédiatement. J’ai découvert qu’il m’avait bloqué», raconte Julie.

* Le prénom des rédactrices a été modifié. Craignant des pressions de la direction, elles ont préféré témoigner anonymement.
«Si elles demandent une augmentation, on ne pourra pas les payer»

La direction de «20 ans», après avoir tout nié — «ce ne sont que des rumeurs» —, nous a recontacté pour expliquer ces conditions de travail surprenantes. «Les photos et les maquettistes nous coûtent énormément d’argent. C’est vrai que le salaire des rédactrices ne correspond pas aux tarifs dans la presse, mais on n’a forcé personne. Si elles demandent une augmentation, on ne pourra pas les payer», explique «Vincent B».

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