MEDIA - L'Elysée a proposé jeudi sa candidature pour remplacer Jean-Paul Cluzel à la tête de la Maison ronde...
Remercié mercredi par l’Elysée en pleine interview pour «
Télérama», Jean-Paul Cluzel, actuel PDG de Radio France, a annoncé jeudi le nom de son successeur dans une tribune au «Monde». Sans surprise, il s’agit de Jean-Luc Hees, 57 ans. Cet ancien patron de France Inter
partait favori des prétendants au siège de Cluzel. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), qui devra valider sa nomination, a confirmé.
Favori
Hees n’est pas un inconnu à Radio France, où il est entré en 1972, puisque c’est là qu’il a fait la majeure partie de sa carrière.
Le nom de Hees circulait depuis plusieurs semaines car il correspondait «au profil dessiné par Nicolas Sarkozy (qui nommera le prochain patron de la maison de la radio, ndlr) dans l'avion qui le ramenait du G20 à Rome: "un journaliste ni de droite ni de gauche"», selon
lepoint.fr.
Méfiance et inquiétudes à Radio France
«Le nom de Hees ne provoque pas de terreur dans les couloirs, il n'a pas laissé de mauvais souvenirs, explique Hubert Huertas, porte-parole du Syndicat national des journaliste de Radio France. C'est un professionnel estimable et talentueux.»
Joint par téléphone jeudi matin, le syndicaliste affirme que la méfiance ressentie à Radio France ne porte pas sur Hees mais sur sa lettre de mission. «Devra-t-il renégocier notre convention collective ou démolir le système en place? Nommé par l'Elysée, quelle est sa marge de manoeuvre? Va-t-il pouvoir manifester l'indépendance dont il a fait preuve au long de sa carrière?» s'inquiète Hubert Huertas pour qui le futur PDG de Radio France va être «assis sur un siège éjectable». Et d'ajouter: «Le bilan de Jean-Paul Cluzel était globalement positif, notamment en termes d'audience et de climat social car il y a eu peu de conflits et beaucoup d'accords. Si nous étions dans une culture du résultat, il aurait été reconduit. Mais nous sommes désormais dans une culture de la volonté du Prince.»
Même méfiance du côté de Marie-Hélène Elbaz, déléguée CGT. Selon elle, «Hees aura les mains liées» et devra agir selon la volonté del 'Elysée. «Il a été nommé par Nicolas Sarkozy, dont le projet est de casser l'audiovisuel public, a-t-elle expliqué jeudi à 20minutes.fr. Nous sommes inquiets pour la vie de l'entreprise et la liberté de ton qui caractérise Radio France, notamment France Inter. Nous craignons une chasse aux sorcières.»
Validation du CSA
Cette nomination doit encore être validée par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), à qui Hees devra présenter son projet pour Radio France. L'audition est prévue le mardi 7 avril à 15 heures, a indiqué le CSA, qui dit avoir «été saisi, jeudi 2 avril 2009, par le secrétaire général du Gouvernement». Les Sages décideront ensuite, à bulletin secret et à la majorité simple. Un vote négatif obligerait Nicolas Sarkozy à proposer quelqu’un d’autre. Un scénario toutefois assez improbable.
Le mandat de Jean-Paul Cluzel, qui était candidat à sa propre succession, arrive à échéance en mai. Ironie du sort: Hees avait quitté France Inter en 2004, précisément à l’arrivée de Jean-Paul Cluzel à la tête de Radio France.
Sandrine Cochard