MEDIAS - Les deux groupes se livrent une bataille sans merci, toujours autour du foot et du cinéma...
L’année dernière, déjà,
on parlait de conflit entre Canal+ et Orange. Car l’opérateur de téléphonie avait avancé ses billes sur les terrains favoris et historiques de la chaîne cryptée: le foot et le cinéma.
Nouveau rebondissement dans l'affaire: Canal+ vient de porter plainte contre Orange auprès de
l'Autorité de la concurrence. La chaîne de télé dénonce notamment l'obligation de souscrire à l'offre ADSL de l'opérateur pour s'abonner à ses chaînes de sport et de cinéma, lancées respectivement en août et novembre 2008.
Une plainte qui pourrait compter double dans la mesure où elle a été déposée conjointement par Canal et l’opérateur SFR, tous deux filiales de Vivendi et rivales d’Orange.
Le nerf de la plainte: la vente liée
«Nous mettons en cause les pratiques d'Orange qui, avec ses chaînes Sport et Cinéma Séries, a recours à la vente liée», a déclaré le PDG de Canal+, Bertrand Méheut, dans un entretien au journal
«La Tribune». Explications: pour s'abonner à Orange Cinéma Séries (bouquet proposant des films et des séries) et Orange Sport (chaînes de sport), le client doit avoir souscrit un abonnement «triple-play» (télévision, internet, téléphone) chez Orange. Ce n'est pas nouveau: le foot et le ciné servent de produits d'appel pour recruter des clients. Et pour Canal et pour Orange.
De son côté, l'opérateur accuse Canal+ de vouloir «faire échec à l'aventure naissante dans la télévision d'Orange» et d’essayer «de retrouver la situation de monopole qu'il pensait acquise avec le rachat de TPS». Canal place la «bataille sur le terrain médiatique et du lobbying, se défend Orange, pour tenter de tuer toute forme de concurrence dans un marché sur lequel Canal+ est en position ultra-dominante».
Concurrence à armes inégales pour les deux parties
Ce que dément la chaîne cryptée, expliquant à 20minutes.fr que «la concurrence, oui, mais à armes égales». Canal fait valoir que les chiffres d’affaire des deux entités n’ont rien à voir (52,9 milliards d’euros pour le groupe Orange/France Télécom et 4,3 milliards pour le groupe Canal, selon les chiffres de 2007, ceux de 2008 n’étant dévoilés que début mars) et ne permettent pas une saine concurrence.
L’argument fait sourire Orange qui, interrogé par 20minutes.fr, ironise: «C’est vrai que le groupe Vivendi est une toute petite PME qui n’a pas du tout de marge de manœuvre». Et de rappeler que les «armes» citées ci-dessus ne consistent pas seulement en chiffre d’affaire, mais aussi en nombre d’abonnés aux services télévisuels: «Canal+ a plus de 10 millions d’abonnés, la télé d’Orange n’a que des dizaines de milliers de clients.» Bataille de chiffres, de mots, et surtout d’influence.
Retour de bâton
Si Canal porte plainte, c’est peut-être aussi pour rendre la monnaie de sa pièce à France Télécom (le groupe d'Orange) qui a déjà porté plainte, devant l'Autorité de la concurrence en novembre 2008, contre Canal+. Motifs invoqués: «abus de position dominante» et «dénigrement» d’Orange, moqué d’être un fournisseur de «tuyaux» plutôt qu’un producteur de «contenus» .
Bertrand Méheut, de Canal+, n'a pas dit son dernier mot: les pratiques d’Orange «n'apportent aucun gain au consommateur» car «elles l'enferment», lâche-t-il, et «elles fragilisent le groupe Canal+ mais aussi les concurrents d'Orange qui peuvent être évincés du marché de l'internet haut débit».
C’est un «épisode supplémentaire d'un long feuilleton», a-t-on résumé chez Orange.
AA