Le grand méchant Iran, un cliché démasqué

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Publié le 11 février 2009.

Des visages empreints de sanglots, des mains tendues, brandissant roses et bougies. La foule iranienne pleure... les victimes américaines du 11-Septembre. Une image surprenante, issue du docu Iran, une puissance dévoilée, ce soir à 20 h 45 sur Arte. « Cette émotion, ces manifestations spontanées ont été très peu montrées », confirme Jean- François Colosimo, son auteur. Dommage, car entre l'Iran et l'Occident, les images se succèdent comme des malentendus. « L'Occident a été marqué par des images violentes : prise d'otages de l'ambassade américaine en 1979, exécutions dans les stades, reprend Colosimo. Des images pas toutes fausses, mais qui échouent à faire comprendre l'Iran, pays laboratoire, qui a expérimenté des formes de pouvoirs inédites. »

Une complexité que l'oeil ne peut discerner dans les clichés de foules exaltées, vêtues de noir. « Il y a aussi toute l'iconographie liée à la symbolique chiite, un islam qui exalte certes le martyre, mais aussi l'ouverture à l'histoire ! » Autre contribution au mythe du grand méchant Iran : le best-seller controversé Jamais sans ma fille, ou les affreuses aventures d'une Américaine mariée à un Iranien. « La réussite de ce livre est liée à la force du fantasme, qui va nourrir la relation avec la société iranienne pendant des années », souligne la chercheuse Fariba Adelkhah, auteur de L'Iran, idées reçues (Le Cavalier Bleu).

La reporter Manon Loizeau est allée capter, pour Arte, l'Iran d'aujourd'hui, un pays qui compte 70 % de jeunes, surnommé le « Bloguistan » à cause de sa passion pour le Net. « C'est un leitmotiv dans la bouche des Iraniens : arrêtez de nous voir comme l'axe du mal ! », rapporte-t-elle. Un regard qui a évolué, notamment avec la sortie en 2000 de la BD Persepolis, suivie du film en 2007. « Un chef-d'oeuvre qui doit sa force au génie de son auteur, Marjane Satrapi, estime Fariba Adelkhah. Elle revoit la révolution de 1979 avec beaucoup de distance, loin des passions dans lesquelles le pays s'était enfermé, avec l'oeil de la fillette qui n'est obnubilée ni par l'islam ni par la personnalité du Guide de la révolution. » Un regard qui marque d'autant plus que son public, « dans sa grande majorité, n'a pas vécu le temps de la rupture, via les images de la prise d'otages ou celles de la guerre ». Le temps passe, les clichés s'effacent. ■Lire aussi p. 6

Anne Kerloc'h
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