Les médias français cherchent le vent

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Publié le 27 janvier 2009.

ZOOM - De la difficulté à évoquer la tempête dans les journaux des radios et télés...

En France et plus particulièrement dans les Landes, la tempête a été d’une ampleur comparable à celle de 1999, faisant plusieurs morts et privant d’électricité et de téléphone plusieurs milliers de foyers.

Comment les médias français en ont-ils rendu compte? Comment faire des reportages quand les autorités somment les habitants de ne pas sortir de chez eux?
 
Pendant la tempête

Au moment où cela commençait à souffler, France Inter a choisi d’interviewer, par téléphone, une habitante du bassin d’Arcachon dont la maison est située tout près du rivage. Pour l’ambiance, cette femme était sortie sur sa terrasse. Les auditeurs pouvaient ainsi entendre le bruit du vent pendant qu’elle décrivait le niveau de la mer et les bourrasques sur les villas aux alentours. A la fin de l’insert téléphonique, le journaliste a repris la parole pour rappeler qu’il faut «rester chez vous».
 
Le vent qui souffle dans le micro, c’était aussi un élément très prisé par la télé. Ce week-end, on pouvait voir, indifféremment dans les JT de TF1 et France2, des images prises par les rédactions locales des chaînes depuis l’intérieur d’une voiture, avec les essuie-glaces qui balaient le pare-brise à toute vitesse. L’image qui est revenue le plus souvent? Un plan fixe sur un arbre qui s’agite en tout sens. «L’arbre fait office de repère, comme un baromètre, explique un journaliste reporters d’images. En temps normal, il ne bouge pas. En météo agitée, il plie. Voire il tombe.» Problème: il est très rare que les caméras des journalistes soient là au moment où l’arbre chute. Souvent, elles ne peuvent filmer que le résultat, lorsque le tronc est déjà à terre. Pour rendre compte de la force des vents, il faut alors recourir à d’autres subterfuges. Des vidéos amateurs des témoins basés aux premières loges et mises sur le Web, des captures des caméras de surveillance si l’on est dans une ville, ou bien des schémas des services météorologiques.

En France, les journalistes français qui ont couvert la tempête ne se sont pas mis en scène. Ou alors très peu. Les plus audacieux sont apparus à l’écran pour lancer le reportage avec une simple écharpe autour du cou. Rien à voir avec la technique américaine, où les reporters sortent sous des trombes d’eau, armés de cirés de couleur vive et de couvre-chef de forme spectaculaire. Lorsque l’ouragan Ike, en septembre 2008, est arrivé sur les côtes américaines, le journaliste de la chaîne «Weather Channel» a été carrément emporté dans un buisson par une bourrasque. C'était au Texas. On ne saurait mieux montrer à l’image la puissance du vent. Autre avantage aux Etats-Unis: les tornades, dont le dessin est si spectaculaire, permet aux caméramen de filmer de loin les événements, donnant de belles images sans s’approcher, quand, en France, une tempête filmée à deux kilomètres ne ressemble qu’à une purée de pois.


Après la tempête
 
Dès le lendemain de la tempête, les radios et télévisions françaises ont axé leurs reportages sur les conséquences. Humaines et économiques. «Le bilan est lourd, très lourd, annonce Laurence Ferrari lundi soir au JT de 20h. On l’estime à plusieurs centaines de millions d’euros.» Au même moment, sur France2, David Pujadas indique que «la région Sud-Ouest peine à se relever». Et cible sur le phénomène météorologique: «François Fillon va annoncer l’état de catastrophe naturelle (...). Deux tempêtes violentes en dix ans, est-ce exceptionnel?» Cette fois, dans les deux JT, on trouve des images de la forêt des Landes vues du ciel, filmées depuis un hélicoptère. Un façon de faire un état des lieux après la tempête. De même, plusieurs radios ont décidé de délocaliser leurs émissions lundi. France Info a ouvert une matinale spéciale en direct de Mont-de-Marsan; Europe 1 a installé le «Grand direct de l'actu», de midi à 14h, à Arcachon.

La veille, le blogueur Gilles Klein s’était gaussé d’un reportage diffusé dimanche soir sur TF1 à Eauze, située dans le département du Gers. Dans le journal télévisé de 20h, Michel Gabas, maire UMP d’Eauze, racontait que sa petite ville était «isolée du reste de la civilisation». Et le blogueur de rappeler: «Si son village est isolé de la “civilisation”, comment l’équipe de TF1 a-t-elle pu venir l’interroger?» En réalité, si près de 300.00 foyers ont été victimes de coupures de téléphone, la plupart pouvaient tout de même téléphoner. Soit parce que leur téléphone portable avait encore suffisamment de batterie pour passer des appels. Soit parce qu’ils ont des vieux téléphones fixes qui fonctionnent sans électricité.
AA
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