«Il va y avoir de l'action», murmurait-on dans les couloirs de l'Elysée, ce vendredi matin, avant que Nicolas Sarkozy ne livre ses abritages sur les recommandations des Etats généraux de la presse, lancés début octobre. De fait, le chef de l'Etat a choisi de faire couler l'argent à flot pour sortir le secteur de la crise. Une crise qui, insiste-t-il, est antérieure au contexte économique actuel: «La presse n'est pas en crise parce qu'il y a une crise. La presse était en crise avant.»
Silence religieux dans l'assistance, venue nombreuse écouter les mots du président de la République à l'Elysée. Celui-ci sait le sujet délicat. Pour saluer le public, «je ne prononcerai pas la formule habituelle "chers amis" pour maintenir l'indépendance» entre pouvoir et médias, s'amuse-t-il à préciser.
En tout, l'aide de l'Etat au secteur, qu'il faut «sauver», représentera 200 millions d'euros par an pendant trois ans - hors coût des mesures sur l'imprimerie. Soit 600 millions. Un plan de relance qui n'est pas assorti de conditions, sinon celle-ci, vague, disant que la presse doit réaliser des «progrès».
Editeur en ligne et nouveau régime fiscal
Premier chantier: le Web, «au coeur des enjeux». Nicolas Sarkozy a ainsi annoncé la création d'un «statut d'éditeur en ligne», une recommandation du groupe de travail, aux Etats généraux, sur le choc d'Internet. Plusieurs critères permettraient de savoir si un site Web - qu'il soit un pure player ou le site d'un journal papier - est «éditeur en ligne». 1. Avoir une mission d’information professionnelle 2. Produire des contenus originaux, qui nécessitent un travail journalistique 3. Employer régulièrement des journalistes professionnels.
Financièrement, compter parmi les éditeurs en ligne a des répercussions importantes. Ce statut ouvrira droit au régime fiscal des entreprises de presse, a précisé Nicolas Sarkozy, et «les éditeurs en ligne seront exonérés de taxes professionnelles». Cela représenterait, selon le chiffre publié par «Le Monde», 20 millions d'euros sortis par l'Etat en faveur du numérique. Le président a précisé que la France allait «poursuivre le travail de conviction engagé de ses partenaires européens pour que les taux réduits de TVA soient étendus à la presse en ligne».
Le numérique en premier point du discours de Nicolas Sarkozy? Selon des conseillers de l'Elysée, c'est un signal fort. D'autant que Nicolas Sarkozy n'a pas prononcé cette phrase, prévue dans le discours initial, stipulant que «cette hiérarchie ne reflète pas une hiérarchie dans les propositions».
Dépenses de communication en hausse
L'Etat va «doubler dès cette année» la part de ses «dépenses de communication institutionnelles» à destination de la presse écrite, mais également numérique, a annoncé Nicolas Sarkozy. Actuellement, l'Etat réserve 20% de ses dépenses de communication (estimées à 134 millions d’euros en 2007) à la presse écrite, selon le livre vert où sont consignées les conclusions des Etats généraux. Doubler cette part représenterait une progression de 20 millions d'euros par rapport à 2008. De quoi renflouer les caisses. «J'espère que personne n'y verra d'atteinte à son indépendance», sourit le chef de l'Etat.
Aides au portage
Là où l'Etat va débourser le plus d'argent, c'est pour le portage, qui permet d'acheminer les journaux imprimés au domicile de ses lecteurs. L'aide directe au portage passera de 8 à... 70 millions d'euros. Quant aux charges sociales patronales des sociétés de portage, elles seront supprimées «pour tous les porteurs au niveau du Smic», a poursuivi Nicolas Sarkozy. Des mesures mises en oeuvre «dès le mois prochain».
Les kiosquiers
Il faut informatiser le réseau, y compris les kiosquiers, a lâché Nicolas Sarkozy. Et faire du «métier de diffuseur un métier de vendeur tourné vers les clients plutôt qu'un métier de manutentionnaire» qui compte et recompte les journaux invendus.
Les marchands de journaux «bénéficieront d'une mesure de soutien correspondant à une exonération de 30% de leurs cotisations sociales personnelles, soit en moyenne 4.000 euros par exploitant» par an. Le chef de l'Etat a précisé qu'il s'agissait d'une mesure «temporaire», dans l'attente de mesures du secteur pour améliorer leurs rémunérations.
Moratoire
Autre mesure urgente: le gouvernement va reporter d'un an l'augmentation des tarifs postaux pour la presse, un gouffre financier pour les titres. «La première responsabilité de l'Etat est de répondre à l'urgence créée par l'effondrement des perspectives publicitaires sur la situation économique des entreprises de presse pour 2009». La mise en oeuvre de l'accord Etat-presse-Poste conclu en juillet 2008 et qui prévoyait une augmentation des tarifs postaux sur la période 2009-2015 «sera reporté d'un an».
«Le manque à gagner pour la Poste sera intégralement compensé par l'Etat». Le coût de cette mesure? De l'ordre de 24 millions d'euros.
Majeur et abonné
En cadeau, Nicolas Sarkozy a indiqué que chaque Français bénéficiera d'un abonnement gratuit à un quotidien de son choix pendant l'année de ses 18 ans. Selon le livre vert, le coût de l'opération serait partagée à 50/50 entre l'éditeur et l'Etat. Le président dit avoir beaucoup hésité avant de valider cette mesure, qui pouvait sembler contradictoire avec le «poids du numérique parmi ces générations». Mais «l'habitude de lire la presse se prend très jeune, et ne se récupère pas après», a-t-il tranché.
>> Aider la presse, une bonne idée? Lâchez vos commentaires sur notre débat...