INTERNET - Que retenir des dix mois du secrétariat d'Etat à l'Economie numérique?
Au secrétariat d’Etat à l’Economie numérique, Eric Besson
cède la place à Nathalie Kosciusco-Morizet. Besson, à ce poste depuis mars 2008, a eu dix mois pour s’attaquer à une liste de chantiers conséquente: le piratage, la télévision mobile, le taux d’équipement des Français en ordinateurs, la généralisation de l’Internet haut débit, la taxe envisagée sur les opérateurs téléphoniques pour financer la suppression de la pub dans l’audiovisuel public. Que retenir d’
Eric Besson au numérique? 20minutes.fr fait le bilan.
Un nouveau poste très attendu
Besson a été le
premier à occuper ce poste, nouvellement créé par le gouvernement le 19 mars 2008 et rattaché à François Fillon. Un poste que demandaient depuis longtemps les acteurs du Net français et dont ils saluent aujourd’hui encore la création. Interrogée par 20minutes.fr, Christine Balagué, vice-présidente de l’association
Renaissance numérique, remarque qu’Eric Besson «a consacré du temps au numérique alors que ce n’était pas la seule tache de son portefeuille (Besson était aussi ministre en charge de la prospective et l’évaluation des politiques publiques, ndlr).»
Un dialogue entre l’exécutif et les acteurs du Net
Autre point positif pour Eric Besson: son bon sens, reconnaissent les dirigeants de sites Web. «Il a été génial, explique à 20minutes.fr Giuseppe de Martino, directeur juridique de Dailymotion. Il est d’une écoute formidable. Le genre de type qui se souvient de tes nom et prénom alors qu’il a — c’est le cas de le dire — un agenda de ministre.»
L’existence d’un plan numérique… mais qui n’est pas appliqué
D’après la
lettre de mission rédigée par Fillon, Besson devait surtout rédiger un «plan de développement de l’économique numérique» pour faire en sorte que la France soit une «grande nation numérique». Un plan finalement
présenté le 20 octobre 2008. Au total, 154 mesures. Mais dont, aujourd’hui, on ne voit pas encore vraiment la couleur. «On va voir comment ce plan va être appliqué par Nathalie Kosciusco-Morizet, reprend Giuseppe de Martino. Mais au moins, ce plan existe noir sur blanc et on peut s’y référer.» Selon Renaissance numérique, «la rédaction du plan n’est que la rampe de lancement. Le gouvernement a fait des efforts pour s’engager à réduire la fracture numérique des Français, mais ces mesures ne sont pas encore concrétisées.»
Problème: Besson n’a pas su défendre le numérique à l’extérieur. «Son plan a été rédigé alors que la crise n’était pas celle que l’on connaît aujourd’hui, rappelle Christine Balagué. Gordon Brown a fait en sorte que le numérique soit un ressort économique important pour palier la crise britannique. Barack Obama a fait la même chose pour les Etats-Unis. Mais en France, le numérique n’est pas évoqué dans le plan de relance.» Besson a aussi manqué de réactivité lorsque le numérique était cité en dehors de son ministère. Cela a été le cas lorsque Frédéric Lefebvre, porte-parole UMP, a déposé un
amendement pour que le CSA contrôle le Web français, et lorsqu’une
taxe sur les opérateurs a été proposée pour financer la télévision publique. «Il devait déjà avoir la tête ailleurs», ont justifié les acteurs du Net français.
Le statut d’hébergeur n’est pas celui d’un éditeur
Ce que les plates-formes du Web communautaires retiennent de l’action de Besson, c’est son engagement sur la Net neutralité et sur le statut des hébergeurs, qui ne sont pas responsables des contenus qu’ils diffusent. Un sujet très suivi par le monde de l’Internet. «Il n’a pas non plus dit de grosse bourde», commentent les observateurs, faisant allusion aux
loupés de Hamon et Lefebvre à définir le Web 2.0.
Besson avait encore en charge «le développement de l’accès aux contenus numériques». Ce n’est pas de son fait mais ça tombe bien, les DRM, ces petits verrous qui empêchent de copier des MP3 sur de multiples supports (ordinateur, baladeur numérique, console de jeux, téléphone, etc.), disparaissent. La maison de disque Warner
a annoncé qu’elle allait les retirer de son catalogue. Les autres majors le font aussi sur iTunes.
Alice Antheaume