Des combats très violents se déroulaient lundi soir dans la ville de Gaza entre l'armée israélienne et des combattants du Hamas, pour la première fois depuis le début d'une offensive terrestre lancée samedi, selon des témoins palestiniens et une source militaire israélienne.
Des combats très violents se déroulaient lundi soir dans la ville de Gaza entre l'armée israélienne et des combattants du Hamas, pour la première fois depuis le début d'une offensive terrestre lancée samedi, selon des témoins palestiniens et une source militaire israélienne. - Menahem Kahana AFP

Propos recueillis par Sandrine Cochard

A conflit asymétrique, images asymétriques. Le spécialiste des images, directeur du centre d'études sur les images et les sons médiatiques (CEISME) et professeur à la Sorbonne Nouvelle (Paris 3), décrypte la logique médiatique des deux parties, qui n’est pas sans rappeler celle observée lors du conflit en Irak, en 2003. Interview.

Que vous inspirent les images du conflit entre Israël et le Hamas?
Le point de vue de chacun est très représentatif: d’un côté il y a le regard d’Israël, qui semble être partout et tout voir de haut, de l’autre il y a celui du Hamas, dont les images sont plus désordonnées. Cela donne une impression d’omniscience et d’omniprésence de l’armée israélienne, qui, à la manière de Big Brother voit tout et sait tout. Du côté palestinien, les images prises à hauteur d’homme. Deux camps s’affrontent alors : ceux qui voient et ceux qui vivent et qui meurent. Or, la victime a toujours «raison» : c’est celle qui inspire la sympathie et la souffrance.

Alors pourquoi Israël privilégie-t-il les images de son armée en action, avec des chars et des militaires se préparant au combat?
Il y a plusieurs raisons. Les images israéliennes donnent l’impression que les attaques sont très ciblées, presque chirurgicales. Il s’agit de montrer que le pays a des objectifs précis et mène une guerre «propre» et réfléchie, sans violence aveugle. Autre objectif d’Israël: il lui faut justifier son intervention, un peu comme les Etats-Unis au moment du déclenchement de la guerre en Irak en 2003. Celui qui est désigné comme l’agresseur doit présenter des preuves justifiant ses attaques. Or la preuve passe par l’image.

En 2003, nous avons pourtant vu la limite de cette «preuve par l’image» lors de l’intervention de Colin Powell produisant de fausses images d’armes de destructions massives en Irak pour justifier l’entrée en guerre des Etats-Unis. Pourquoi l’image est-elle à ce point sacrée?
Même si nous savons intimement que les images ne constituent pas une preuve, elles ont quelque chose d’irréfutable. Les faits qu’elles relatent ont eu lieu. Les morts, les victimes, les dégâts ont existé; ils sont irréfutables, tout comme l’émotion qu’ils suscitent. Les images ne mentent pas, ce qui ment c’est ce qu’on en dit. Or, la vérification et la prise de distance avec ces images sont souvent secondaires dans les conflits vécus de manière aussi passionnelle.

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