INTERNET - Interview de Mats Carduner, directeur général de Google France...
«Pour une France numérique!», c'est le titre exclamatif du
colloque organisé ce jeudi par l’association Renaissance numérique. L’occasion pour les participants de dire, voire redire, que la France est en retard sur le Net. «Combler son déficit pourrait apporter entre 0,5 et un point de croissance à la France», affirme Mats Carduner, directeur général de Google France. Interview.
Quels sont, selon vous, les freins à la croissance numérique française?
Même si, cette année, la France s’est dotée d’un secrétaire d’Etat au Numérique (
Eric Besson, ndlr), il reste encore pas mal de choses à faire. Développer le très haut débit et ce, sur tout le territoire; encourager les petites et moyennes entreprises à se doter d’un site Web quand la proportion actuelle qui en a un est inférieure à la moyenne européenne.
Vous dites que la France est «en retard» sur l’Internet. C’est-à-dire?
Un exemple. Au moment où la réforme de l’audiovisuel public est examinée, un amendement nous fait très peur. Celui qui veut
taxer les revenus publicitaires des sites d’échanges de vidéo pour financer France Télévisions. Or, comparer Dailymotion à de la télévision, c’est un contresens. Si cet amendement passait, cela voudrait dire que certains, au gouvernement, n’ont pas compris l’Internet. Mais dès que l’on parle de médias classiques, comme la télévision, des réflexes protectionnistes s’élèvent.
Google souffre-t-il de la crise financière?
En 2009, les internautes seront beaucoup plus sur le Net qu’en 2008. D’abord parce que la France, en retard sur ce plan, n’a pas encore fait le plein d’internautes. Ensuite, parce qu’en temps de crise, le Web prend tout son sens. Les internautes surfent davantage pour comparer les prix et les offres, afin de dépenser moins. Au final, les produits Google devraient voir leur audience augmenter. D’autant que le marché publicitaire devrait continuer à croître sur le Net, avec des investissements resserrés sur les leaders.
Etes-vous inquiets que les journaux soient en crise? Est-ce que les contenus des utilisateurs suffiraient pour s’informer si les journaux disparaissaient?
Je ne crois pas à la fin des journaux, je ne crois pas non plus que l’on puisse s’informer uniquement avec des blogs ou du journalisme dit citoyen. Beaucoup de marques de journaux imprimés ont réussi à se décliner sur le Net, ça veut dire que c’est possible. Le jour où Internet sera vraiment installé, on n’en parlera plus. Car on n’aura plus deux mondes, un imprimé et un numérique, mais un seul monde équilibré où les grands labels journalistiques se seront adapté au Net.
Quelle est votre position sur les Etats généraux de la presse?
Google n’étant pas un groupe de presse, on n’est pas sensé avoir une position sur les Etats généraux. Mais nous participons au débat des groupes de travail pour accompagner la mutation numérique des journaux.
N’avez-vous pas peur d’être dans une position dominante sur la partie moteur de recherche et de vous heurter aux règles de concurrence européenne?
Google ne se sent pas propriétaire d’un système, mais est dans la saine inquiétude du concurrent. On est vigilant et on regarde de près les initiatives qui sortent. Car on sait que si les gens sont si nombreux sur Google aujourd’hui, c’est parce qu’on offre la moins mauvaise des propositions.
Le gouvernement français veut demander aux fournisseurs d'accès Internet de bloquer l'accès aux sites pédophiles installés à l'étranger. Pensez-vous cette mesure applicable par Google?
Google n’ayant pas de caractère éditorial, il n’est pas responsable des contenus indexés, mais peut enlever les contenus illicites ou diffamants quand ceux-ci nous sont signalés. On voit apparaître en continu des milliards de contenus, on ne va pas mettre des dizaines d’équipes juridiques pour les surveiller. Si on doit faire ça, on supprime Google. Il serait absurde de tout vérifier en amont. La France serait dans une exception totalement anachronique si elle demandait que les contenus Web soient bloqués a priori.
Recueilli par Alice Antheaume