MEDIAS - Que s'est-il passé pour Vittorio de Filippis? 20minutes.fr tente l'explication de texte...
Vittorio de Filippis, l’ex-directeur de la publication de «Libération» a été interpellé pour une «banale affaire de diffamation», comme la qualifie ce dernier. Mais c’est quoi, cette «banale affaire de diffamation»? 20minutes.fr tente l’explication de texte.
Reprenons l’histoire: le 27 octobre 2006, un
article sous le titre «Deux ans avec sursis pour le patron de Free» est publié sur le site de Liberation.fr et raconte les démêlés judiciaires de Xavier Niel, le patron de Free. A l’époque de cette publication, Vittorio de Filippis est, dit-il, «parachuté au poste intérimaire de directeur de la publication» pendant quelques mois, de mai à décembre 2006. Puis, en janvier 2007, Xavier Niel, le directeur de Free, dépose plainte pour diffamation à la suite d’un commentaire d’un internaute, posté sous l’article sur Free.
Le directeur de publication, responsable vis-à-vis de la justice
Or en tant que directeur de la publication, Vittorio de Filippis était responsable de tout ce qui était publié sous la marque Libération, que ce soit dans les colonnes du quotidien ou sur le site Liberation.fr. Y compris, donc, les commentaires des internautes. Cette législation s’applique à tous les sites de presse, 20minutes.fr compris.
Le directeur de la publication a donc une fonction qui implique beaucoup de responsabilités, comparables à celles des maires et des proviseurs de lycées. Ce qui explique le travail des modérateurs, chargés de veiller à ce que les commentaires postés en ligne par les internautes ne soient ni racistes, ni pédophiles, ni diffamants. Selon la loi, la diffamation signifie «toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé», que le fait soit réel ou imaginaire.
«C’était une opinion plus qu’une accusation»
Vu la procédure, on ne peut pas citer le commentaire qui a fait l’objet de la plainte dans cet article sous peine d’être l’objet d’une plainte à notre tour. Mais selon l’un des modérateurs de l’époque, «c’était une opinion plus qu’une accusation, écrite par un internaute habitué de Libération.fr. Cela n’était pas insultant et cela ne mettait pas d’huile sur le feu». Et d’ajouter: «Si ce commentaire est jugé diffamant par la justice, cela voudrait dire qu’il nous faudrait resserrer les vis de la modération et laisser passer moins d’opinions de ce type.»
Réforme de la procédure en jeu
Après tant d’émoi soulevé cette semaine par l’histoire de Vittorio de Filippis,
interpellé à son domicile, fouillé et humilié, plusieurs hommes politiques ont plaidé pour une réforme de la procédure. «L'idée de dépénaliser la diffamation me paraît maintenant être vraiment à l'ordre du jour, j'y suis favorable», a ainsi affirmé Jean-François Copé, le patron des députés UMP, jugeant qu'il faut avoir «un vrai débat» sur ce sujet. «Il faut bien regarder dans le détail ce qui relève de la diffamation et ce qui n'en relève pas.»
Une déclaration partagée par François Fillon. «Comme beaucoup de Français, j'ai été choqué par les conditions dans lesquelles M. de Filippis a été interpellé», a lancé le Premier ministre à l'Assemblée. Il faut, a-t-il souligné, en «tirer toutes les conséquences pour améliorer le fonctionnement de notre justice».
Concrètement, le gouvernement travaille à une dépénalisation des délits de diffamation et d'injure, et le Parlement serait saisi dans les mois à venir d'une «réforme profonde de la procédure pénale», plus respectueux des droits de la défense.
Alice Antheaume