INTERNET - Interview de Giuseppe De Martino, directeur juridique de Dailymotion...
A l’occasion de la réforme de l’audiovisuel public, l’idée d’
une taxe sur les vidéos du Web a été proposée pour renflouer les caisses de France Télévisions vidées par l’absence de revenus publicitaires. Plus précisément, une taxe de 3% sur les recettes des sites de vidéo à la demande et des plates-formes de vidéo comme Dailymotion, comme le précise
l’amendement numéro 844, proposé par Frédéric Lefebvre, un des porte-parole de l’UMP. Interview du directeur juridique de la plate-forme de vidéos française.
Que se passe-t-il si cet amendement est adopté?
Cela veut dire qu’on part ailleurs, qu’on déménage les serveurs hors de France et que les pouvoirs publics n’ont pas compris ce que l’Internet apporte aux Français. Le principe de cette taxe est une hérésie et met une croix sur l’idée d’avoir une «voix de la France sur le Net». Cela voudrait aussi dire que la politique gouvernementale varie d’une fois sur l’autre.
Comment cela?
Lorsqu’
Eric Besson présente le
plan France numérique 2012, il plaide pour l’émergence de champions français du Net. Si cet amendement passait, ce serait un retour en arrière par rapport à ce que le secrétaire d’Etat au Numérique a présenté en octobre.
Qui peut être visé par cet amendement?
Quasiment tous les sites qui ont des contenus vidéos. 20minutes.fr aussi, donc. En revanche, YouTube, qui n’a pas d’identité sociale en France, ne serait pas visé. Voilà pourquoi Dailymotion serait alors obligé de partir à l’étranger pour avoir les mêmes conditions de développement et de concurrence que YouTube.
L’amendement propose aussi que le CSA contrôle les sites de vidéos. Qu’en pensez-vous?
Proposer une régulation par le CSA, c’est penser que l’Internet n’est qu’une chaîne de télévision supplémentaire. C’est donc n’avoir rien compris au Web. Dailymotion détient 8 millions de vidéos dans sa base, dont 4 millions visionnées chaque jour. Mettre les sites de vidéos sous la coupe du CSA, c’est placer les internautes sous l’œil de Big Brother, même si je n’aime pas employer cette formule galvaudée.
Recueilli par Alice Antheaume