TELEVISION – A l'Assemblée nationale, l'examen du projet de loi a commencé... Reportage.
A
l’effervescence de la manifestation de France Télévisions et Radio France n'a pas réoondu la passion des débats à l’Assemblée nationale, chargé d’examiner le
projet de loi sur la réforme de l’audiovisuel. Et pour cause: dans l’hémicycle, à peine 35 députés étaient présents mardi au moment où Christine Albanel, la ministre de la Culture, présente le texte. On augurait pourtant de discussions houleuses. Mais pour ce premier jour (l’examen devrait durer deux semaines), la fougue n’était pas invitée, malgré quelques petites phrases.
L’ombre du président de la République
Même absent, Nicolas Sarkozy a été évoqué à maintes reprises, à gauche comme à droite. Si Jean-François Copé (UMP) loue l’audace d’un Président qui a donné «le coup d’envoi d’une réforme inédite et ambitieuse», Jean-Marc Ayrault (PS) dénonce la «fausse bonne idée», le «pavé dans l’écran», voire «le baiser qui tue» de Nicolas Sarkozy. En cause: la proximité du Président avec des patrons de médias français, comme Martin Bouygues, à la tête du groupe de TF1, Etienne Mougeotte, directeur du «Figaro», Nicolas Beytout, président des «Echos», et Alexandre Bompard, à la tête d’Europe1, passé par le cabinet de François Fillon, ou encore Vincent Bolloré, patron de Direct8, de l'institut de sondage CSA, et de Havas. «Les intérêts des amis de Nicolas Sarkozy passent avant toute chose», peste Didier Mathus (PS). C'est faux, ripostent les députés UMP sur les bancs. Selon Mathus, c'est l'indépendance qui est en jeu: la réforme vise à une «berlusconisation de la télévision française» alors que l'on a «besoin de médias indiscutables pour donner une information citoyenne de référence»
TF1 citée comme profiteuse de la réforme
Le député socialiste vise surtout TF1 qui bénéficierait, grâce à cette réforme digne d'une «monarchie audiovisuelle», d'un afflux de publicités (puisqu'elles sont supprimées des chaînes de France Télévisions) et du droit de faire une deuxième coupure pub lors de la diffusion des fictions et films. «On ouvre le tiroir-caisse de TF1, on sonne le tocsin pour France Télévisions», assène encore Ayrault. Copé fustige une «opposition grotesque entre chaînes publiques et chaînes privées. La santé des unes ne passe pas l'affaiblissement des autres.» «Autoriser une seconde coupure publicitaire, c'est une mesure très favorable au secteur cinématographique», défend Christine Albanel. «Les films disparaissent des grilles. Augmenter la pub, c'est accroître l'attractivité des films pour les chaînes.»
>> A lire ausssi: Qu'est-ce que la réforme pourrait changer pour les téléspectateurs?
Des programmes «excitants»
C’est alors que l’on en vient aux programmes prévus sur l'antenne de France Télévisions: place aux émissions politiques, de sciences et d’environnement, aux films d’auteur de pays en voie de développement et aux sports de niche, comme la voile, le golf, l’équitation, et la pelote basque. La gauche ironise sur ce que devront diffuser les chaînes publiques, des «clips institutionnels très excitants sur les élections européennes ou sur la nécessité de se brosser les dents chaque soir». Pour Christine Albanel, les programmes doivent être pédagogiques: «L’art ne doit pas être l’apanage d’une élite; le ciné et les mots ne sont pas nécessairement de minuit; et la télé ne doit pas miser sur ce que les spectateurs sont déjà sûrs d’aimer, mais sur ce qu’ils ne connaissent pas encore.»
Les taxes débattues
Là où le clivage gauche/droite tend à s’effacer, c’est sur la question de la double taxe prévue pour compenser la perte des revenus publicitaires de France Télévisions - la pub devrait disparaître progressivement à partir du 5 janvier. L’une concerne les
revenus publicitaires que les chaînes privées tireront; l’autre
vise les opérateurs de télécoms. Jean Dionis du Séjour (Nouveau Centre) juge ces taxes «discriminatoires» et interpelle l’Assemblée à propos de la taxe sur les fournisseurs de téléphonie et d’Internet: «Le téléphone fixe a-t-il un lien avec la télévision? Non. Les SMS ont-il un rapport avec la télé? Non, aucun.» Ce que Copé dénonce: «Les opérateurs participent la télé en diffusant des images sur les écrans des téléphones sans payer jusqu’à présent un centime. C’est normal qu’ils contribuent au financement de la télévision.»
Si les milliers de manifestants et les grévistes de l'audiovisuel public n'ont pas eu d'effet sur les débats, certains, dans les couloirs de l'Assemblée, se demandent si ce n'est pas la crise financière qui pourrait avoir un impact sur cette réforme. En diminuant les ressources provenant de ces taxes, par exemple. Les ressources iront dans le budget de l’Etat qui lui-même distribuera 450 millions d’euros à France Télévisions, explique Christian Kert, le rapporteur de la loi. Et cette distribution est «garantie».
Alice Antheaume (à l'Assemblée nationale)