Jack Bauer
Jack Bauer - DR

Eric Macé est sociologue et spécialiste des médias. Il est l’auteur d’une étude sur la diversité à la télévision commandée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et publiée mercredi.

Comment avez-vous procédé pour évaluer la diversité à la télévision?
Les enquêteurs ont étudié une semaine ordinaire de programmes, celle du 11 au 17 février 2008, et ont pointé, dans chaque émission, toutes les personnes qui apparaissaient à l’écran. Nous nous sommes limités aux personnages qui parlent, écartant les foules et autres personnages muets, et aux émissions diffusées entre 17h et 23h. Nous avons passé au crible 16 chaînes: les 15 de la TNT gratuite (TF1, France 2, France 3, France 4, France 5, M6, Direct 8, W9, TMC, NT1, NRJ 12, BFM TV, iTélé, Virgin 17 et Gulli, ndlr) et Canal +.

Les résultats obtenus vous ont-ils surpris?
Non, pas du tout. La question des discriminations a été prise en compte, politiquement, très tard en France, à gauche comme à droite. Cette étude est un effet de la loi 2006, qui, elle-même, est le produit des questions politiques posées par les émeutes de 2005. C’est à cette période que les politiques ont compris que des pratiques de discrimination existaient en France, pratiques qui minent le principe d’égalité cher à la République.

Comment apprécier ces résultats, étant donné qu’il n’existe aucune statistique officielle sur l’origine éthnique des Français?
Nous nous sommes sommes servis de nos propres données. Par exemple, on observe que plus le prestige des statuts télévisuels croît, moins il y a de non-blancs, et inversement. Les non-blancs interprètent peu de personnages principaux mais davantage de seconds rôles. On observe d’ailleurs la même chose pour les femmes. On peut aussi faire des comparaisons entre les genres télévisuels: dans la musique, il y a 35% de non-blancs alors que dans les sujets qui concernent la société française, cette représentation tombe à 11%. Ces analyses relatives nous permettent de montrer qu’il existe bien une différence de traitement. Cette discrimination pèse d’ailleurs sur le jeune public, qui ne se reconnaît plus dans l’offre télévisuelle et déserte ce média.

Faut-il recourir à un système de discrimination positive, comme le souhaite le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, qui compte déposer un amendement pour l’appliquer à l’audiovisuel public?
La discrimination positive existe en France mais reste en faveur de l’homme blanc. Or, les discriminations systématiques, qui sont des pratiquent illégales, empêchent la réalisation de l’objectif d’égalité. Nous devons donc mettre en place des dispositifs assurant cette égalité. Il ne s’agit pas d’imposer des quotas mais de lutter contre les discriminations. La démarche est différente car les quotas sous-entendent une résolution quasi magique du problème alors que la lutte contre les discriminations permet d’agir à la source.

Mots-clés :