Jean-René Ruez
Enquêteur au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de 1995 à 2001.
Résolution 819* relate votre expérience d'enquêteur sur le massacre de Srebrenica, où près de 8 000 Bosniaques ont été assassinés. Vous êtes-vous retrouvé dans cette adaptation ?
Oui. Car, même s'il y a des éléments qui ne sont pas en conformité avec ce que j'ai vécu, ils ont une forte portée symbolique. Comme lorsque la légiste marche sur une mine. Cela n'est pas arrivé, mais c'était ma plus grande crainte à l'époque. Les Serbes n'ont pas non plus tiré sur mon ordinateur, mais la scène est révélatrice de la menace qui existait au début de l'enquête.
Quelle scène vous a le plus marqué ?
Celle qui se déroule dans le hangar de Kravica... Près de huit cents individus y ont été tués à l'arme automatique et à la grenade. Quand j'ai découvert cet endroit, il y avait du sang séché, de la peau et des cheveux partout. On pourrait envoyer à nouveau des experts aujourd'hui, ils trouveraient encore du sang sur les murs.
Qu'avez-vous retenu de vos six ans d'enquête ?
Après Srebrenica, j'ai pris deux ans de vacances. Mes six années d'enquête, c'était de la non-vie. Je ne pensais qu'à ça, jour et nuit. Je ne rencontrais que des gens qui connaissaient ce dossier. Mais si c'était à refaire, je le referais.
Pensez-vous que les Français connaissent bien cette histoire ?
Très peu. Les Américains et les Britanniques sont beaucoup plus informés. Ce film va aider à prendre conscience qu'une telle sauvagerie a eu lieu si près de chez nous. Seules dix personnes ont survécu aux exécutions massives de Srebrenica.
Que faites-vous aujourd'hui ?
Je travaille à l'étranger, toujours pour le ministère de l'Intérieur. Je suis encore témoin au TPIY. Et j'espère l'être au procès de Ratko Mladic [chef d'état-major des Serbes de Bosnie], s'il est arrêté un jour.