La (nouvelle ?) star, c'est Tchekhov ou Ibsen ? Depuis dimanche, sur Arte, le public vote pour son dramaturge favori, à choisir parmi les portraits diffusés tous les soirs à 20 h 15, jusqu'au 20 septembre. « Nous programmons une vingtaine de pièces et autant de docus sur le genre par an. Cette fois, nous parlons du théâtre de manière plus ludique et plus exposée dans la grille, détaille Emmanuel Suard, directeur des programmes. Il y a une vraie curiosité pour le spectacle vivant. »
On se souvient de l'audience record, en janvier, de la captation en direct de Fugueuses sur France 2 : 8 millions de téléspectateurs. Cette année, la chaîne renforce son offre avec une case mensuelle, lancée ce vendredi en deuxième partie de soirée, « Eteignez vos portables ». Selon Nicolas Auboyneau, directeur artistique de l'unité culture, « avec surprise et bonheur, on constate que le théâtre redevient un genre télévisuel majeur. Cette case proposera un répertoire très varié, avec des pièces plus délicates à programmer en prime. » France 2 s'est aussi lancée dans une ambitieuse recréation (lire encadré), cinq à sept fois plus coûteuse qu'une captation.
Sur les chaînes privées, en revanche, le genre est rare, à l'exception notable de Paris Première, qui en diffuse depuis sa création. Pour Jacques Expert, directeur des programmes, « c'est le théâtre de divertissement qui marche, surtout s'il est en direct. En différé, on perd 50 % d'audience par rapport au direct. » Pour cette saison, la chaîne va augmenter nettement le nombre de pièces diffusées et espère atteindre un top d'audience samedi prochain avec Toc toc, la pièce de Laurent Baffie.
« Dans les années 1950, souligne l'historien Yannick Dehée, la télévision faisait beaucoup appel au théâtre, avec deux soirées en prime et en direct par semaine. Dans les années 1980, il avait presque disparu. Est-ce que c'est le retour d'"Au théâtre ce soir", centré sur le boulevard, ou un retour à la création, aux captations réinventées ? Le problème du théâtre, c'est qu'il nécessite des moyens, des metteurs en scène rompus au genre télévisuel. » Surtout, « c'est une temporalité très particulière, un peu déroutante pour le public actuel. Shakespeare, ce n'est pas le même tempo que "Les Experts !" »