La déferlante Betancourt

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Publié le 8 juillet 2008.

DECRYPTAGE – Depuis sa libération, impossible d’échapper aux images de l’ex-otage. Surmédiatisation?

Mercredi soir, 21h15, la nouvelle de la libération d’Ingrid Betancourt tombe sur le fil AFP. Le branle-bas de combat commence dans les rédactions.

Programmes bousculés

«Ça a été assez rock’n’roll puisque l’information est arrivée peu de temps après la fin du journal télévisé, explique Etienne Leenhardt, directeur adjoint de l’information sur France 2. Nous avons été prévenu à 21h05 et il a fallu appeler en urgence Arlette Chabot et David Pujadas, qui étaient partis dîner.» Ce dernier reprend donc l’antenne à 22h26 et ne la lâchera que trois heures plus tard.

Même réflexe sur TF1 qui dégaine son édition spéciale deux minutes plus tard, juste après «Ushuaia». Près de cinq millions de téléspectateurs sont au rendez-vous. Sa filiale LCI, chaîne d'information en continu, est sur le pied de guerre depuis 21h23. «Vers 21h45, il a été décidé que l'édition spéciale de TF1, présentée par Patrick Poivre d'Arvor, serait faite sur le plateau de LCI», explique Laurent Drezner, directeur adjoit de la rédaction de LCI qui précise que la chaîne achèvera son édition spéciale vers 1h30. France 3 bouscule ses programmes pour que Marie Drucker prenne l’antenne à 21h44 pour un flash info de 14 minutes. «Cela se fait rarement», reconnaît Paul Nahon, directeur de l’information sur France 3. La présentatrice reprendra l'antenne à 23h14 pour un «Soir 3» spécial.

«Nous avons fait notre travail sans en rajouter»

Le lendemain, jeudi, France 2 retransmet les retrouvailles entre Ingrid Betancourt et sa famille et décroche les premiers mots de l’ex-otage à une télévision française. TF1 préfère miser sur son retour en France. «Il s'agissait d'un grand moment de télévision, avec une femme qui parle bien français et avec beaucoup d'émotion», s'enthousiasme Laurent Drezner.

France 3 assure également le direct du retour de l’ex-otage en France, vendredi après-midi, afin d’assurer une couverture complète sur France Télévisions. Deux prises d’antenne sans effet en terme d’audience, Médiamétrie ne note pas «d’effet Betancourt».

Et les spectateurs?

Overdose médiatique? «Bien sûr, les chaînes s’emballent dès mercredi soir et la programmation d’éditions spéciales, juge Daniel Schneidermann. Il faut dire qu’il s’agissait d’un événement très émotionnel dont les médias sont friands. Et Ingrid Betancourt s’est révélée être une très bonne cliente, très expressive et charismatique.»

Cette démesure médiatique contraste avec la tonalité des spectateurs. Les internautes se disent rapidement saturés sur les forums (cliquez ici pour lire notre débat sur le sujet). «Lorsque l’on regarde les images cumulées de toutes les chaînes, il y a peut-être un sentiment de matraquage, mais prises individuellement, les chaînes ont pris la mesure de l’événement avant de passer à autre chose, assure Etienne Leenhardt qui fait valoir qu’au final, France 2 a proposé «une couverture spéciale de 24h». En ce qui nous concerne, je pense que nous avons fait notre travail sans en rajouter.»

«Il est toujours difficile de déterminer le moment où les téléspectateurs commencent à se lasser, explique Paul Nahon. Nous avons levé le pied après avoir reçu Ingrid Betancourt sur le plateau du 19/20, samedi soir.» Une interview de 22 minutes qui éclipse le reste de l’actualité, donnée sous forme de brève. «Il s’agissait d’une interview politique, avec une personnalité qui avait des choses à dire sur la situation en Colombie et sur son avenir politique, et non émotionnelle», se défend Paul Nahon.

«Nous avons levé le pied lorsqu'elle-même a levé le pied», renchérit Laurent Drezner pour qui la mobilisation télévisuelle n'a duré que trois jours. Et d'ajouter: «On allait quand même pas se priver d'annoncer une bonne nouvelle, avec de belles images en plus!»

Feuilleton


A partir du vendredi soir, les sujets estampillés Betancourt se font de plus en plus discrets, même s’ils restent souvent l’ouverture des JT. «Nous avons cessé notre couverture spéciale de l’affaire après le 20h de jeudi soir, France 3 ayant pris le relais pour l’arrivée d’Ingrid Betancourt en France, vendredi après-midi», précise Etienne Leenhardt. De même pour TF1 et France 3, qui reçoit tout de même l'ex-otage sur le plateau du 19/20 samedi soir. La déferlante commence à s’essouffler. «Normal, rétorque Daniel Schneidermann. Un feuilleton ne peut pas durer plus de trois jours.»

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Sandrine Cochard
POUR ALLER PLUS LOIN

>> Retrouvez notre dossier sur la libération d'Ingrid Betancourt
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