Que la création de programmes télé français ne pète pas le feu n'était un secret pour personne. Néanmoins, l'Association pour la promotion de l'audiovisuel (APA) a permis de mesurer l'ampleur des dégâts hier, en publiant son « baromètre annuel de la création TV » (concocté par NPA Conseil). En 2005, sur les 100 meilleures audiences de l'année, 56 étaient des fictions made in France, contre seulement 4 made in USA. Aujourd'hui, 48 séries américaines raflent les premières places contre 12 fictions françaises !
« La création des chaînes de la TNT a fait voler en éclats le bon vieux modèle du financement par la télévision, explique Jean-François Boyer, président de l'APA. Ces nouvelles antennes n'ont pas favorisé la création : elles n'ont pas beaucoup d'argent alors elles rediffusent des programmes issus de catalogues existants. » Conséquence, l'argent frais est une denrée de plus en plus rare pour la création française, « en situation de sous-financement durable » de l'aveu même de Michel Boyon, le président du CSA. Pour produire « La Commune », diffusée en début de saison sur Canal+, Jean-François Boyer a disposé d'une enveloppe de 10 millions d'euros. « Une saison de "Rome", c'est 140 millions de dollars », compare-t-il.
Dans un autre genre, le documentaire a les mêmes problèmes de gros sous. Selon le baromètre, 2 748 heures de films documentaires ont été produites en 2002. L'an dernier, ce volume est tombé à... 1 832 ! « Il y a une vraie crise, non pas de la créativité, mais du marché, souligne Sophie Goupil, qui produit dans cette branche depuis dix-huit ans. Notre secteur est financé à 40 % par les chaînes, mais pour le reste, nous devons trouver des financements de plus en plus éclatés et de plus en plus petits. » Bref, ça va mal. Mais après ? Il faudra patienter encore six mois pour le vote d'une nouvelle loi sur l'audiovisuel. En espérant qu'elle saura s'adapter à ce big-bang du PAF.