Et paf sur l'AFP ! Depuis quelques jours, l'Agence France-Presse a droit aux attentions courroucées de l'UMP. Hier, Frédéric Lefebvre, porte-parole du parti, a annoncé avoir saisi le conseil supérieur de l'agence, en criant à la « censure ». Il s'était déjà plaint publiquement du fait que l'AFP n'avait pas traité un de ses communiqués sur le litige judiciaire opposant Ségolène Royal à deux de ses anciennes collaboratrices. Pourtant, l'agence avait bien traité le sujet, mais sans reprendre son texte, jugé redondant. Le 7 mai, Nicolas Sarkozy rajoutait sa dosette officielle de critique, estimant que l'agence jouait le rôle de « l'opposition ». Une mise en cause publique... et inédite.
Colères amères ou subtils coups de fil, l'agence a l'habitude des moiteurs et humeurs des politiques. Dans son livre AFP - les soldats de l'information (éd. Hugo doc), Jacques Thomet évoque Georges Marchais s'en prenant nommément à un reporter en Afghanistan, Bernard Tapie réveillant un journaliste à 2 h du mat' au tendre son « d'enculé »... Pour l'auteur, « des pressions, il y en a en permanence, mais elles restent privées. Aujourd'hui, c'est une première. L'agence est mise en cause publiquement et par la plus haute personnalité de l'Etat. » Confirmation auprès du syndicat SNJ-CGT, qui a dénoncé lundi un « harcèlement » envers l'agence, et de Jean-Marie Charon, sociologue des médias. « D'ordinaire, les pressions et propos désagréables se font discrètement... Là, on retrouve la stratégie de communication du Président : séduction, occupation du terrain, et, quand il n'obtient pas le résultat souhaité, intimidation. Voire chantage. » La crise intervient en effet au moment où l'agence renégocie son contrat d'objectifs et de moyens, et où son statut pourrait être discuté. « En 1944, reprend Charon, l'AFP était un établissement public, avec un directeur nommé par le gouvernement. C'est pour la libérer de l'influence de l'Etat que le statut de 1957 a été taillé sur mesure. Ces critiques publiques sont un signal très négatif, comme si on voulait ramener l'agence à son statut antérieur. »