Ils n'ont pas de sens, sinon du non-sens et du sens-dessus-dessous. Ils ont nourri le dico des expressions françaises («Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?»). Un peu avant Mai 1968, ils ont mis l'écran en folie et divisé la France. Les drôles d'oiseaux nommés «Shadoks» ont 40 ans, mais semblent rétifs à toute datation. La série est régulièrement dans le Top 5 du site ina.fr et le premier épisode a été visionné plus de 26.000 fois. Décryptage de la Shadokophilie.
Le Shadok est rebelle
Propo-sée par le service de recherche de l'ORTF, cette animation créée par Jacques Rouxel est une douce révolution. «C'était critique, mais subtil car jouant sur l'absurde», note Marie-Françoise Lévy, historienne. «Comme souvent dans les périodes de censure, il n'y avait pas d'allusion claire à l'actualité dans les histoires. C'était subversif, mais sans que l'on sache vraiment pourquoi!», note pour sa part Yannick Dehée, qui a codirigé Le Dictionnaire de la télévision française (Nouveau Monde éd.)
Le Shadok est éternel
Minimalisme du trait, simplicité des situations. «La série se prête aux lectures multiples. Le dessin, volontairement naïf, et l'histoire sont dans l'intemporalité et l'universalité», confirme Yannick Dehée.
Le Shadok voit double
L'opposition entre les cinoques Shadoks et les futés Gibis reprend un antagonisme basique et ancien. Méchants contre gentils, Français contre Anglais (les «Gibis» comme Grande-Bretagne, ont des chapeaux melon), riches contre pauvres... Gaullistes contre chienlit?
Le Shadok est un prof fou
Equations, astronomie pour allumés, problèmes de physique très pataphysiques, «cosmopompe», «Big Blank», la série s'amuse avec le monde des sciences. «La voix de Claude Piéplu était un accompagnement idéal, mentionne Yannick Dehée. Un ton doctoral très sage, qui savait aussi se faire délirant!» A l'école des Shadoks, on rêve tous de se mettre au premier rang.