Sous les pavés, les transistors. En Mai 68, la liberté d'Europe n° 1 et RTL contraste avec l'étatique ORTF. Parole aux étudiants, directs à rallonge depuis le Quartier latin: «On nous donnait exagérément l'antenne, Paris n'était pas non plus à feu et à sang», reconnaît Patrick Pesnot, reporter pour RTL en 1968. Le pouvoir gaulliste rebaptise les deux stations «Radios barricades» parce qu'elles indiquent aux étudiants les positions des CRS.
«Sous prétexte d'informer, [elles] enflammaient quand elles ne provoquaient pas», estime pendant les événements le Premier ministre Georges Pompidou. Après le 23 mai, les autorités empêchent techniquement la radio transmission. «On a alors continué les directs depuis les téléphones des particuliers», se souvient Gilles Schneider, journaliste pour Europe n° 1 au moment des événements.
Quarante ans plus tard, les deux privées font revivre, archives à l'appui, leurs vertes antennes de périphériques. «Les esprits polémiques pensent que notre radio tente de se redonner une bonne conscience de gauche, déplore Marc Tronchot, animateur des «Enfants d'Europe 1» et du blog de la station dédié à Mai 68. Mais on a des titres de gloire à faire valoir, et une magnifique bibliothèque de sons à partager.»
Pour RTL, qui, dès lundi, diffuse une série sur Mai 68 avec Serge July, l'événement, c'est aussi la naissance de la radio moderne. Hervé Béroud, le directeur de la rédaction, l'assure: «Quand nous bousculons notre grille pour une info importante, comme le 11 Septembre, on ne fait que reproduire le savoir-faire de 1968». Ah, le fameux héritage...