JUSTICE – Malgré l’interdiction...
Une photo de
l’audience a fuité. Après la publication dans «Paris-Match» d'une photo montrant
Michel Fourniret assis les bras croisés dans le box des accusés, alors que l’accusé avait refusé de se faire photographier ou filmer, une enquête a été ouverte.
>> Notre dossier sur le procès de Michel Fourniret et Monique Olivier
Et la première punition est tombée jeudi midi: Delphine Byrka, la journaliste de Paris-Match qui couvrait l'affaire sur place, s'est vue retirer son accréditation officielle par le parquet général. «Ce n'est pas Delphine Byrka qui a pris la photo» jure une source interne au journal jointe par 20 Minutes.
Paris-Match ne peut plus couvrir le procès
Sortant du silence qu'il observait depuis le matin, Olivier Royant, le directeur de la rédaction de Paris-Match, a réagi jeudi soir dans un communiqué. «Nous sommes choqués que le procureur de la cour d’assises des Ardennes prenne une décision aussi disproportionnée, écrit-il. En privant notre reporter de son accréditation officielle et en l’excluant de facto de la salle d’audience du procès Fourniret, le procureur interdit à un média qui compte près de 5 millions de lecteurs en France et en Belgique de couvrir l’un des procès les plus importants de ces dernières années.»
>>>> Le directeur de la rédaction de «Paris Match» réagit sur 20minutes.fr, retrouvez son interview en cliquant ici...
Et Olivier Royant de pointer une décision qu'il juge disproportionnée: «Le procureur a affirmé à l’audience qu’il allait lancer une enquête. Mais il condamne, sans procéder à aucune enquête, une journaliste qui matériellement n’a pas pu prendre cette photo, et qui ne peut même pas être soupçonnée d’avoir pris le cliché. En effet, la photographie de Fourniret n'a pas été prise dans la salle d'audience où se trouvait notre reporter mais dans une salle annexe où le procès est retransmis sur écran.»
«On s'y attendait un peu»
Joint par 20minutes.fr, Maître Thierry Bourbouze, un des avocats de Michel Fourniret, n'est pas surpris par la nouvelle. «Nous avons appris la publication de ce cliché jeudi matin, a-t-il indiqué. On s'y attendait un peu. Nous avons montré la photo à Michel Fourniret qui a trouvé cela regrettable mais nous a affirmé que cela n'avait pas une grande importance pour lui.»
L'enquête, ouverte jeudi matin par le parquet de Charleville-Mézières, n'a pas encore permis d'identifier l'auteur du cliché, pris «sans doute dans la salle annexe, sous le chapiteau, depuis un portable, vue la qualité» a estimé l'avocat . «Nous allons interroger la journaliste qui se trouve sur place afin de savoir d'où vient ce cliché», a encore expliqué Maître Bourbouze à 20minutes.fr. Il espère en outre que le parquet renforcera les dispositifs policiers dans la salle annexe à la salle d'audience.
Photo floue
La photo, très floue, a sans doute été prise à partir d’un téléphone portable sous le chapiteau où était projeté, sur grand écran, l’audience, devant des journalistes et des civils. De nombreux écriteaux rappelaient cette interdiction de «tout enregistrement ou captation d'images et de sons de quelque manière que ce soit (caméra, téléphone portable, dictaphone)».
Mieux: quatre ou cinq gendarmes étaient chargés de vérifier qu’aucune photo n’était prise à ce moment-là. Ils avaient d’ailleurs confisqué le téléphone d’un spectateur et l’avait aussitôt conduit à l’extérieur du chapiteau.
Quelles sanctions?
La publication de cette photo «est passible de poursuites pénales», a déclaré Francis Nachbar, l'avocat général au procès des époux Fourniret. «Il y aura donc une enquête effectuée, nous verrons ensuite les sanctions à envisager».
D'après la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, tout enregistrement de son ou d'image est interdit dans l'enceinte d'un tribunal. Toute infraction est punie d'une amende de 4.500 euros, outre la confiscation du matériel à laquelle peut procéder le président de la cour.
Pourtant, maître Pierre Blocquaux, l'un des avocats de Fourniret, s'est dit «dubitatif» sur l'hypothèse d'un renvoi devant la justice de l'auteur de cette photo. «Mais l'essentiel est que ces poursuites soient annoncées aujourd'hui», a-t-il estimé.
Sa C avec AA