Catherine Deneuve et un collectif de 100 femmes défendent «la liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle»

VIOLENCES L’actrice est l’une des signataires d’une tribune contre les « campagne de délations » et « vague purificatoire » à la suite de l’affaire Weinstein…

V. J.

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Catherine Deneuve à Cannes le 22 mai 2017.

Catherine Deneuve à Cannes le 22 mai 2017. — Arthur Mola/AP/SIPA

« Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste. » C’est sur ces mots que s’ouvre la tribune d’un collectif de 100 femmes publiée ce mardi dans Le Monde et signée par des personnalités telles que Catherine Deneuve, Joëlle Losfeld, Ingrid Caven ou Brigitte Lahaie. Elles veulent affirmer leur rejet du « puritanisme » apparu avec l’affaire Weinstein  et d’un certain féminisme qui exprime une « haine des hommes ».

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« Cette libération de la parole se retourne en son contraire »

Si la tribune salue la légitime et nécessaire prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, elle explique aussi que « cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des complices ».

Pour les auteures du texte, le mouvement #MeToo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux « une campagne de délations et de mises en accusation publiques d’individus qui ont été mis exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels », « une fièvre à envoyer les "porcs" à l’abattoir, qui loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires ».

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« Une vague purificatoire »

La tribune va jusqu’à parler de « vague purificatoire » et de « révisionnisme » au sujet de l’interdiction de la rétrospective Roman Polanski à la Cinémathèque ou d’un travail universitaire qui juge le film Blow-Up « misogyne » et « inacceptable ». « Encore un effort, enchaîne le texte, et deux adultes qui auront envie de coucher ensemble devront au préalable cocher via une « appli » de leur téléphone un document dans lequel les pratiques qu’ils acceptent et celles qu’ils refusent seront dûment listées. »

Les rédactrices, parmi lesquelles Sarah Chiche, Catherine Millet ou Catherine Robbe-Grillet, défendent « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » : « Nous sommes aujourd’hui suffisamment averties pour admettre que la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage, mais nous sommes aussi suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle. (…) En tant que femmes, nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui, au-delà de la dénonciation des abus de pouvoir, prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. »