Altice: Pourquoi l’empire du milliardaire Patrick Drahi s’effondre en Bourse

MEDIAS A la Bourse d'Amsterdam, l'action a perdu plus d'un tiers de sa valeur en une semaine. La dette du groupe est supérieure à 50 milliards d'euros...

20 Minutes avec AFP

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Patrick Drahi, le président du groupe de médias et de télécoms Altice, le 24 juin 2015 à Paris

Patrick Drahi, le président du groupe de médias et de télécoms Altice, le 24 juin 2015 à Paris — MIGUEL MEDINA AFP

  • Altice a annoncé une reprise en main par son fondateur Patrick Drahi.
  • La dette du groupe dépasse les 50 milliards d’euros.
  • L’action a fondu d’un tiers en une semaine.

Avis de tempête. En pleine dégringolade boursière et sur fond d’inquiétudes croissantes sur sa dette, Altice a annoncé une reprise en main par son fondateur et principal actionnaire Patrick Drahi. Le groupe de télécoms et de médias a annoncé jeudi soir le départ de son directeur général Michel Combes et une « réorganisation » de la direction autour de Patrick Drahi, nommé président du conseil d’administration.

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Une dette de 51 milliards d’euros

Cela n’a pas semblé rassurer à la Bourse d’Amsterdam, où Altice est coté : le titre, très volatil, a ouvert en hausse mais est rapidement reparti dans le rouge (-0,28 % à 10,63 euros vers 14H15). La décision de remanier la direction est intervenue après déjà cinq séances consécutives de baisse de l’action, qui a perdu plus d’un tiers de sa valeur en une semaine et la moitié depuis juin. Et le départ de Michel Combes s’inscrit dans un contexte d’instabilité de la direction : le directeur général de l’opérateur télécoms SFR, Michel Paulin, avait déjà quitté ses fonctions en septembre.

Altice, qui a multiplié les acquisitions ces dernières années, est organisée autour de deux marchés principaux : la France, avec SFR, présent dans les télécoms et les médias (BFM TV, Libération, etc..), et les Etats-Unis, où Patrick Drahi a racheté les câblo-opérateurs Suddenlink et Cablevision.

Si le self made-man franco-israélien est admiré pour son ascension fulgurante, ses montages financiers effraient l’establishment français tandis que ses méthodes de gestion sont dénoncées par les syndicats. « Patrick Drahi est une personnalité qui dérange car il va vite. Et effectivement il va très vite », souligne Stéphane Dubreuil, président de Stallych Consulting. Aujourd’hui, il entre dans une zone de turbulence, la question est désormais de voir comment il peut s’en sortir. Dans tous les cas il est sous observation », dit-il.

En effet, le groupe a publié la semaine dernière un chiffre d’affaires en baisse pour ces deux grands marchés, ce qui a été mal accueilli par les investisseurs. L’importante dette d’Altice inquiète également, même si elle est restée stable au troisième trimestre, à 51 milliards d’euros.

Les hommes de confiance aux manettes

Selon le communiqué du groupe jeudi soir, Patrick Drahi établira en tant que président du conseil d’administration les « priorités stratégiques, opérationnelles, commerciales et technologique du groupe ainsi que leur exécution, en particulier à SFR ». Plusieurs de ses proches sont placés aux commandes des principales activités du groupe.

Dexter Goei, l’homme de confiance de Drahi déjà directeur général d’Altice USA, est nommé directeur général d’Altice. Alain Weill, jusqu’alors directeur général de SFR Medias (BFM TV, RMC, L’Express…), est nommé PDG de SFR. Et un autre compagnon de route historique de Drahi, Armando Pereira, sera désormais chargé de piloter l’ensemble de l’activité télécoms du groupe.

La nouvelle direction est destinée à « mieux mettre en oeuvre la stratégie d’Altice, à mettre en place un système de responsabilités plus clair et à améliorer les performances opérationnelles et financières » du groupe, a affirmé le groupe jeudi soir. Cette réorganisation « va aligner plus complètement les intérêts des fondateurs, de la direction du groupe, tous ayant une participation significative dans le groupe, avec ceux de l’actionnariat public ».

« Plus de questions que de réponses »

Pour les analystes de Bryan Garnier toutefois, « la nouvelle gouvernance soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses ». Ils jugent notamment que le départ de Michel Combes pourrait signifier que la situation chez SFR est pire que ce que le marché imagine, et évoquent l’expérience limitée d’Alain Weill dans les télécoms.

Pour Patrick Drahi, regagner la confiance des investisseurs et clients s’annonce une lourde tâche, au moment où Altice compte sur leur appui pour réaliser son ambition de faire des Etats-Unis son premier marché. Le groupe, quatrième câblo-opérateur américain, est entré à Wall Street fin juin, et s’est récemment lancé dans le mobile via un accord avec l’opérateur local Sprint. Il a aussi annoncé le lancement d’une box permettant de recevoir internet, fixe et télévision, une première aux Etats-Unis.