L’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo publie mercredi sa Une sur le journaliste Edwy Plenel, cofondateur et président de Mediapart. Sur un fond rouge, apparaissent quatre visages du journaliste sur le modèle des singes de la sagesse, les trois primates se couvrant chacun une partie différente de la face avec leurs mains.

Le premier visage dessiné d’Edwy Plenel, en haut à droite, reste le plus fidèle au journaliste avec sa moustache très épaisse. Cette moustache se déforme sur les trois autres dessins, recouvrant successivement la bouche, bouchant les oreilles ou couvrant les yeux du personnage. Cette Une est barrée : « Affaire Ramadan, Mediapart révèle : "On ne savait pas".

Le titre fait référence à l’islamologue controversé Tariq Ramadan, accusé par plusieurs femmes de viols et de relations sexuelles avec des mineures. L’homme fait d’ailleurs l’avant-dernière Une de l’hebdo satirique, professant « Je suis le 6e pilier de l’islam » et caricaturé avec un sexe démesuré sous son pantalon. Une prise de position pour laquelle Charlie Hebdo a reçu de nouvelles menaces de mort.

Réaction d’Edwy Plenel

Charlie Hebdo vise ici Edwy Plenel, à la tête du site d’informations mediapart, à l’origine de plusieurs scoops. En janvier 2015 sur le plateau du Petit Journal de Canal +, le journaliste, qui avait déjà débattu avec Tariq Ramadan, estimait que l’homme « est un intellectuel respectable » : « je le lis, je l’écoute, je ne vois pas d’ambiguïtés ». « J’accepte de débattre avec lui sans problème », avait ajouté Edwy Plenel.

La Une de Charlie Hebdo a fait réagir l’intéressé, qui a tweeté ce mardi une phrase de l’écrivain français Romain Rolland, prix Nobel de littérature en 1915.

D’autres journalistes de mediapart, Fabrice Arfi ou Ellen Salvi, ont également réagi sur Twitter :

Enquête de Mediapart sur Ramandan

Charlie Hebdo n’est pas le seul à cibler Edwy Plenel. L’ancien Premier ministre Manuel Valls avait dénoncé, dimanche sur le plateau du Grand Rendez-Vous Europe 1/Les Échos/CNews, les « complicités » à l’égard de l'islamologue. « Il faut que la vérité éclate sur ce soi-disant intellectuel (…) ses invitations sur tous les plateaux, ses amitiés, ses complicités - je pense à Edwy Plenel », avait lancé le député de l'Essonne.

Edwy Plenel s’était défendu peu après sur BFMTV. Il avait nié avoir été au courant d’accusations ou de rumeurs d’agressions sexuelles ou de harcèlement, alors que Mediapart a publié une enquête sur Tariq Ramadan en 2016. « Personne d’entre nous à Mediapart ne savait quand nous avons fait cette enquête [en 2016] », avait déclaré Edwy Plenel. Il avait par ailleurs affirmé n’avoir « croisé Tariq Ramadan dans [s] a vie que deux fois ». « De cela est fait un amalgame qui relève pour moi d’une chasse aux sorcières, comme du temps du Maccarthysme ou de l’inquisition », avait ajouté le journaliste.