• « Forbidden stories » veut poursuivre les enquêtes des journalistes menacés ou tués.
  • Le projet, qui se repose sur Reporters sans frontières, espère ainsi en finir avec l’impunité contre ces crimes, et faire progresser la liberté d’information.
  • Les réseaux sociaux seront mis à profit pour médiatiser les affaires.

Un projet pour faire vivre les enquêtes journalistiques, même si leurs auteurs sont tués ou placés derrière les barreaux. C’est toute l’ambition de «Forbidden Stories » (histoires interdites), un réseau lancé le 31 octobre par la plateforme de journalistes d’investigation Freedom Voices Network et financé par Reporters sans frontières (RSF).

« On invite les journalistes qui le souhaitent à nous laisser des éléments de leurs enquêtes mais également les instructions à suivre si jamais ils ne donnent plus de nouvelles », explique Laurent Richard, journaliste à l’origine du projet. Concrètement, n’importe qui, à travers le monde, peut transmettre ses informations de manière anonyme à « Forbidden Stories », qui poursuivra le travail entamé si le journaliste disparaît.

Les réseaux sociaux comme arme

« Ce n’est pas un testament, poursuit Laurent Richard. Dans de nombreux pays où la liberté de la presse n’existe pas, les journalistes sont souvent très seuls. Nous, on veut recréer du lien. On n’a pas l’ambition d’éliminer la censure, mais on considère qu’un journaliste qui meurt, même à l’autre bout du monde, ce n’est pas une affaire isolée. »

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De fait, depuis dix ans, près de 700 journalistes sont morts alors qu’ils faisaient leur métier. « Forbidden Stories » veut enrayer ce décompte macabre en misant sur la force de frappe des réseaux sociaux. « Attirer l’attention sur les assassinats des journalistes, savoir sur quelles enquêtes sensibles ils travaillaient, c’est exercer une forme de pression médiatique sur la justice locale pour qu’elle élucide les faits », affirme Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Pour son lancement, « Forbidden Stories » a ainsi choisi de se concentrer ce jeudi sur les travaux de trois journalistes mexicains récemment assassinés :

« Il n’y a plus d’histoire locale aujourd’hui »

Ces courtes vidéos seront traduites dans plusieurs langues afin d’avoir le plus d’impact possible. Le projet prévoit également de collaborer avec des médias du monde entier afin de publier des travaux plus fouillés, une à deux fois par an. « Notre mission consiste aussi à donner envie aux autres organes de presse de poursuivre les enquêtes », complète Laurent Richard.

Pour le journaliste, « il n’y a plus d’histoire locale aujourd’hui. La blogueuse tuée parce qu’elle enquêtait sur la corruption à Malte, la pollution environnementale en Inde, ce sont des sujets qui nous concernent tous ». Des histoires auxquelles « Forbidden Stories » souhaite donner un nouveau souffle.