Qui est Didier Lestrade, le célèbre co-fondateur d’Act Up qui a quitté Twitter?

POLEMIQUE Le co-fondateur d'Act Up a commenté l'affaire Weinstein et a suscité l'indignation...

Dolores Bakela

— 

Didier Lestrade signait son dernier ouvrage au salon du livre en mai 2017. Absent des réseaux sociaux depuis octobre 2017, il va en profiter pour terminer son nouveau livre.

Didier Lestrade signait son dernier ouvrage au salon du livre en mai 2017. Absent des réseaux sociaux depuis octobre 2017, il va en profiter pour terminer son nouveau livre. — ISA HARSIN/SIPA

Son billet de blog « Rise et Fall » résume bien sa destinée. Ancien journaliste et militant à la voix qui porte, un tweet a mis fin à la carrière de Didier Lestrade. Du moins sur les réseaux sociaux.

« En l’espace de 5 minutes sur Twitter, j’ai perdu tout le bénéfice de 5 mois de travail et je ne peux m’en prendre qu’à moi-même », écrit-il dans un long post suite à son commentaire antisémite sur l’affaire Weinstein, qui est très mal passé.

Le tweet de Didier Lestrade qui a mis le feu à Twitter le 17 octobre 2017
Le tweet de Didier Lestrade qui a mis le feu à Twitter le 17 octobre 2017 - https://twitter.com/limoncetto

La levée de boucliers a contraint Didier Lestrade à s’excuser et à quitter Facebook et Twitter, temporairement. « Quand je reviendrai, ce sera selon mes règles », a-t-il prévenu.

Des excuses et des explications

Dans son billet de blog, il se défend de tout antisémitisme, arguant qu’il a été soigné par les plus grands spécialistes juifs et qu’il a même eu un boyfriend israélien.

Il y explique que sa pauvreté et la fatigue, due à la promotion intensive de 120 battements par minute ont conduit à ce tweet. On a en effet beaucoup vu et lu Didier Lestrade ces derniers mois dans le cadre de la promotion du film, primé à Cannes. 120 battements par minute rappelait l’histoire d’Act-Up Paris, l’association luttant contre le sida, que Didier Lestrade a co-fondé en 1989 avec Pascal Loubet et Luc Coulavet. Et cela à un moment où les malades mourraient dans l’indifférence des laboratoires et de l’opinion.

Un militant pas comme les autres

Didier Lestrade, né en 1958 en Algérie française, a toujours mis son homosexualité et sa séropositivité au coeur de sa prise de parole et de ses engagements publics. Il contracte le SIDA à 28 ans. Dès 1985, il écrit des chroniques sur les musiques électroniques, le SIDA, l’utilisation de drogues et participe à la création de magazines, comme le Gai Pied, Têtu qu’il a intégré de 1995 à 2008, ou encore le site minorités.org, qui s’est arrêté en 2 014.

Au chômage depuis qu’il a quitté Têtu, tout en collaborant périodiquement avec Brain ou Slate, Didier Lestrade est resté une voix importante de la communauté homosexuelle même si certaines prises de position l’ont peu à peu isolé. « Je suis minoritaire et j’en suis fier. J’ai passé ma vie à montrer que ce que l’on fait au niveau minoritaire, c’est l’ensemble de la société qui en bénéficie », confiait-il à Brain récemment. Sur les réseaux sociaux, il n’hésitait pas à parler régulièrement de colonialisme, de racisme, de sexisme…

Parti pour toujours ?

Dans les commentaires sous sa note de blog introspective, les témoignages d’amour sont nombreux. D’autres hommages à sa carrière et à son engagement prennent forme, comme le documentaire The Doom Troubadour de Xavier Gadan a tourné. Il devait être projeté en présence de Didier Lestrade lors du festival Chéris Chéries le 17 novembre au MK2 de Beaubourg.

Dans sa note de blog, Didier Lestrade précise qu’il ne sera pas présent et qu’il devrait rester absent des réseaux sociaux pendant quelques mois. La question se pose déjà : sera-t-il sorti de son silence pour les Césars, où 120 battements par minute risque d’être nommé dans de nombreuses catégories ? Une partie du personnage est résumé dans la conclusion de son billet d’excuses. Didier Lestrade y fait ses vœux pour la nouvelle année 2018 et un lien vers un titre « You Gonna Miss Me » – en français, « Je vais vous manquer. »