«Le Média citoyen», «L'Ebdo»... Quel avenir pour les médias alternatifs?

MEDIAS De nouveaux médias alternatifs prônent l'indépendance vis-à-vis des actionnaires, mais selon quel modèle, et pour quel avenir...

Propos recueillis par Vincent Julé

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La rédaction de Mediapart.

La rédaction de Mediapart. — MARTIN BUREAU / AFP

En janvier 2018, naîtront deux nouveaux médias, Le Media citoyen sur le web et L’Ebdo  en kiosque. Les deux se présentent, chacun à leur manière, comme alternatifs et indépendants, et existent par et grâce au financement participatif. Ils rejoignent ainsi le récent Les Jours, ou l’historique Mediapart.

Tous se veulent une réponse au constat que 90 % des médias français sont détenus par neuf milliardaires. LA réponse ? 20 Minutes a posé la question à Julia Cagé, professeure d’économie à Sciences Po Paris, auteure de Sauver les médias au Seuil et membre de l’équipe de campagne de Benoît Hamon, avec son mari Thomas Piketty, lors de la dernière présidentielle.

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Le Média se veut indépendant, mais est créé par des membres de La France Insoumise.

C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire selon moi. Ils reprennent une indépendance vis-à-vis des actionnaires, en faisant appel aux lecteurs, mais pour se retrouver assimilés à un parti politique. En termes de liberté et d’indépendance, ce qu’ils gagnent d’un côté, ils le perdent de l’autre.

Les jours, L’Ebdo et donc Le Média…. ces nouveaux indépendants réussissent leur lever de fonds, ou leur campagne de financement participatif.

Une prise de conscience a lieu chez certains lecteurs. Si un média veut être indépendant, il lui faut trouver d’autres sources de financements. La méthode est souvent que le lecteur donne son argent, sans contreparties si ce n’est au journal d’exister. Il ne devient pas par exemple actionnaire. Or, il faut aller plus loin selon, il faut permettre aux lecteurs de rentrer au capital des journaux. Par exemple, le site Les Jours, après une campagne de crowdfunding couronnée de succès et plus d’un an d’existence, s’apprête à créer une société des lecteurs. J’en parle en connaissance de cause, je vais en devenir la présidente. Je préfère le préciser.

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Des lecteurs actionnaires, c’est-à-dire ?

Il ne s’agit pas d’entrer au capital pour gagner de l’argent, mais pour obtenir un droit de vote sur les décisions importantes, la ligne éditoriale, etc. Il faut que les journalistes et les lecteurs entrent dans les comités des entreprises de presse.

N’y a-t-il le risque qu’un riche « mécène » devienne actionnaire et prenne le pouvoir ? Et que l’histoire se répète.

Lorsque le New York Times est entré en bourse en 1967, il a mis en place deux types d’actions, avec des droits de vite préférentiels. Ce genre de système existe, et marche. Certains titres devraient profiter de la crise de la presse pour se remettre en question, à l’instar de Libération. Ils devraient repenser l’actionnariat au sein de Libé, avec un retour vers les lecteurs, les dons. J’ai pensé que la mort de Pierre Bergé amorcerait un tel mouvement au sein du groupe Le Monde, mais les deux autres actionnaires, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, ont repris ses parts.

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Le modèle participatif est-il pérenne, il existe aussi des échecs comme pour Terra Eco.

Tout ne peut pas marcher. De nouveaux titres sont lancés régulièrement en kiosque, ils ne survivent pas tous. C’est pareil pour les médias alternatifs, et c’est souvent une question de visibilité. Ces nouveaux médias ne sont pas forcément mis en avant par Google et ses algorithmes par exemple. Mais regardez Mediapart, le site existe depuis 10 ans et compte 130.000 abonnés. C’est rassurant.