R. Baillot et A. Antheaume - ©2008 20 minutes

Autant le tapotage généreux de croupes bovines reste le geste médiatique culte de Jacques Chirac au Salon de l'agriculture, autant Nicolas Sarkozy a loupé son entrée pour sa première en tant que chef de l'Etat. Ce qui reste de sa visite de samedi, c'est plutôt l'injure qu'il a glissée entre les dents : un « Casse-toi, alors, pauvre con », en réponse spontanée au « Tu me salis » d'un quidam. Pas si discret : dans la foule, un journaliste du collectif Youpress met la scène en boîte sans en perdre une miette. « Au visionnage, j'ai réalisé que le micro d'ambiance avait enregistré le Président dans le bruit, ce qui était loin d'être gagné, explique Stéphane Puccini. J'ai finalement proposé au Parisien.fr de racheter les images dans l'après-midi. » A 20 h 10 samedi, la vidéo a été vue 188 fois sur le site. Hier soir à la même heure, ce score était de 716 000 !

« Je suis étonné que l'on ne parle que de ça, alors que Nicolas Sarkozy a tenu un discours très important sur l'agriculture, à la veille de la présidence française de l'UE », déplore Franck Louvrier, conseiller à l'Elysée. En attendant, Le Parisien tente de garder le contrôle sur ce buzz très virulent. « Dès samedi, j'ai demandé à Dailymotion de supprimer six vidéos de reprise, ce qui a été fait dimanche matin, souligne Armelle Thoraval, rédactrice en chef. Mais je n'ai pas obtenu gain de cause avec YouTube, qu'il faut joindre par mail en Irlande. » Sans compter que les chaînes de télé entrent dans le jeu : BFM TV, Canal+ dans « Dimanche Plus », iTélé, TF1 dans le « 13 heures » (le feu vert a été demandé jusqu'au sommet de la hiérarchie), France 2 dans le « 20 heures », toutes reprennent la vidéo, au nom du « droit de citation ». « A partir du moment où elle est en accès libre sur Internet avec le logo du Parisien, et que nous citons le journal, c'est dans l'ordre habituel des choses », explique Alex-andre Kara, le journaliste de France 2 auteur des sujets sur le Salon. En attendant, le collectif Youpress s'est senti un peu « dépossédé ». Hier après-midi, Stéphane Puccini a renégocié son exclu avec le quotidien pour pourvoir revendre aussi ses images à l'agence AP.