TF1 se veut rassembleuse. La chaîne proposera, le 29 février, le programme Kilimandjaro dans une version adaptée aux non-voyants, avec audiodescription. Une première symbolique pour la chaîne, puisqu'on y découvrira un groupe de personnes atteintes d'un handicap se lançant à l'assaut du sommet. Le principe est de « raconter l'image », détaille Patrick Saonit, de l'Association Valentin-Haüy, qui a transcrit l'émission avec des phrases courtes : « Untel pleure » ; « Il trébuche sur une branche ». Des indications qui ne doivent pas empiéter sur les effets sonores. « Chaque bruit m'aide à la compréhension, témoigne Gérard Targe, musicien non voyant. Si la BO est trop forte, un film me devient vite inaccessible. » L'audiodescription campe l'ambiance. « Parfois, nous butons sur des scènes trop visuelles, avoue Patrick Saonit. Impossible de décrire un gag de Chaplin sans perdre le ressort humoristique. »
Selon Eric Jaouën, directeur de la diffusion de TF1, « pour Kilimandjaro, l'initiative vient de la volonté de Nonce Paolini, le directeur général de TF1, et de Gilbert Montagné ». Le chanteur, missionné par le ministère du Travail, a rencontré les patrons des chaînes pour les sensibiliser. Les télévisions publiques allemandes transcrivent des programmes depuis 1997. En France, le frein est surtout technique : la chaîne doit disposer d'un canal libre pour diffuser l'audiodescription. Mais « avec 1,5 million de Français malvoyants, ça doit devenir une généralité, soutient Gilbert Montagné. En priorité pour les programmes destinés aux enfants, afin d'intégrer les déficients visuels dès leur plus jeune âge. » En la matière, Arte est pionnière. Depuis 2000, la chaîne franco-allemande consacre une partie de son budget aux programmes audiodécrits, soit 172 000 euros cette année, pour au minimum un film par mois. Malgré une loi de 2005 la mentionnant, les chaînes n'ont pas l'obligation de développer l'audiodescription. Sauf opérations exceptionnelles, donc, les non-voyants continueront à regarder le son brut.