«Les Glorieuses», «Sister Letter»... Les newsletters féministes, une alternative aux «Cosmo», «Vogue» et tout l'bazar?

MEDIAS De plus en plus de « newsletters féministes » engagées et inspirantes, fleurissent...

Clio Weickert

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Si comme Taystee «d'Orange Is The New Black», la plupart des magazines féminins vous laisse pantoise, tournez-vous vers les newsletters féministes

Si comme Taystee «d'Orange Is The New Black», la plupart des magazines féminins vous laisse pantoise, tournez-vous vers les newsletters féministes — © Jojo Whilden/Netflix

« La pipe, le ciment du couple », « Qu’est-ce qu’une femme « parfaite » selon les hommes », « Les bras, c’est le nouveau décolleté »… Si vous avez déjà feuilleté les pages d’un magazine féminin, il n’est pas impossible que vous soyez déjà tombé(e) (tout comme vos bras), sur ce type d’articles gorgés de sexisme et véhiculant les pires clichés de genre.

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A contre-courant, on voit apparaître depuis quelques mois (voire des années pour certaines), de plus en plus de « newsletters féministes » engagées et inspirantes, et dans un esprit bénévole. Les Glorieuses, Quoi de meuf, Sister Letter… Des « lettres » que les abonnées reçoivent gratuitement par mail, et où l’on aborde des sujets divers et variés sur le féminisme (et ses différents courants), la cause LGBT, la masturbation féminine, ou encore la mort du prince charmant. Des newsletters faites par des femmes, à destination des femmes. Mais pas seulement.

Une presse féminine obsolète

« Pour ma santé mentale, j’ai arrêté la presse féminine quand j’avais 18 ans », explique en plaisantant la jeune trentenaire Oriane Juster, cofondatrice avec Anne-Fleur Tricaud de la newsletter Sister Letter. « Quand j’ai compris que ces magazines n’étaient finalement que des catalogues pour vendre des produits des industries de la mode et du luxe, j’ai réalisé qu’on se fichait de moi », poursuit-elle. Des revues pour pousser à la consommation donc, et souvent aussi désuètes qu’un TomTom ou une disquette.

« Les sujets classiques de la presse féminine sont obsolètes, estime Jennifer Padjemi et Mélody Thomas, journalistes, et à la tête de la newsletter What’s Good ? !. Ils sont toujours traités par le même prisme, ne s’intéressent pas à ce qu’il y a derrière, et ils n’évoluent pas avec la société : le body positive [valoriser son corps tel qu’il est], les règles, les nouvelles sexualités et tout ce qui va avec ». Des champs que ces jeunes femmes ont décidé de réinvestir à leur façon.

De l’observation de l’utérus à la série « Insecure »

Créée en octobre 2015, Les Glorieuses est la première à s’être lancée à l’assaut des clichés. Chaque semaine, la fondatrice Rebecca Amsellem et ses consoeurs proposent à leurs abonnés une newsletter engagée. « L’idée est d’aborder tous les sujets du quotidien avec les prismes féministes et féminins, ainsi que de remettre à l’ordre du jour des auteures et des créatrices », explique la rédactrice. Dans les faits, elle y aborde des sujets comme la portée féministe de la série Insecure avec Issa Rae, ou une réflexion sur le maquillage via le manifeste de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie.

Capture d'écran de la newsletter «Les Glorieuses»
Capture d'écran de la newsletter «Les Glorieuses» - Capture d'écran

Dans un style plus girly, Sister Letter propose à ses abonnées de leur dévoiler « tout ce que leur sœur aurait dû leur dire », dans une newsletter hebdomadaire « hyperdense et condensée » composée de réflexions sur des sujets de société ( le polyamour par exemple) et de conseils de lecture. Leur credo ? La simplicité. « Nous faisons toujours attention d’être accessibles et de pouvoir être comprise par tout le monde. C’est une lettre « feel good » que tu as envie d’ouvrir le dimanche matin, une lettre qui fait du bien », précise Oriane Juster.

Capture d'écran de la newsletter Sister Letter
Capture d'écran de la newsletter Sister Letter - Capture d'écran

Les Glorieuses et Sister Letter sont loin d’être les seules. Une multitude de sœurs répandent désormais la bonne parole via les adresses mail : Quoi de meuf sur la culture pop et le féminisme, La newsletter de ma chatte qui explore l’utérus, mais aussi Witch Please, ou encore Lenny Letter de Lena Dunham outre-Atlantique.

Engagées et engageantes

Mais à qui se destinent ces missives d’un nouvel ordre ? « A toutes les femmes, celles qui se disent féministes et celles qui ont une mauvaise image du féminisme », explique la fondatrice des Glorieuses, 80.000 abonnés au compteur, dont 15 % d’hommes. Plus globalement pour « les déçus de la presse traditionnelle, et ceux qui ont besoin de se sentir représentés à travers des initiatives intéressantes », développe de son côté Jennifer Padjemi de What’s Good ? !.

Une concurrence sérieuse pour les magazines féminins classiques ? Pas forcément. Pour Pauline Verduzier, membre du collectif Les Journalopes (et de la newsletter du même nom), les deux peuvent cohabiter. « Il y a une forte tendance normative et prescriptive dans cette presse féminine, mais c’est aussi un espace où l’on parle des femmes, et un espace où il y a encore de l’argent pour les reportages, tout n’est pas à jeter, estime-t-elle. Et ce qui est plutôt chouette, c’est qu’elle parle de plus en plus des mouvements féministes et des newsletters ».

Engagées et engageantes, ces newsletters nouvelle génération permettent de faire entendre de nouvelles voix, pas forcément discordantes avec la presse traditionnelle. Et on a toutes et tous à y gagner.

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