«Le service public a le cul entre deux chaises»

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Publié le 12 février 2008.

MEDIAS - Mercredi, l'audiovisuel public est grève. Qu’en pensent les voix et les visages des antennes?

Mercredi, les personnels de Radio France, RFI, France Télévisions et TV5 s'unissent dans une grande grève et manifestent à Paris. Leur but? Obtenir des garanties sur le financement du service public, après l'annonce de la suppression de la publicité sur les médias public. Mais qu'en pensent les voix et les visages des antennes?


David Pujadas, présentateur du 20 heures de France 2
«J’espère faire un journal complet, ne pas abandonner le terrain de l’info tout en comprenant les craintes que suscitent ce contexte. Nous avons prévu de rendre largement compte de la grève, d’abord en factuel mais aussi à travers un sujet sur le service public allemand, financé par la pub à hauteur de 7 ou 8% seulement. Je ne m’associe pas directement à la grève, mais j’ai pris mes responsabilités en signant la pétition adressée à l’Elysée: nous demandons des garanties à l’Etat, parce que la fin de la publicité peut se révéler être une formidable opportunité ou un naufrage total selon ses modalités.»

Stéphane Bern, animateur de «Secrets d’histoire» sur France 2 et du «Fou du roi» sur France Inter
«Je comprends les motivations des grévistes, c’est très important de trouver les financements suffisants pour compenser la perte des recettes publicitaires. A titre personnel, j’ai plutôt tendance à accueillir favorablement la fin de la publicité. Parce qu’il faut bien être honnête: aujourd’hui, l’audiovisuel public a le cul entre deux chaises. Avec la fin de la pub, j’espère que l’hypocrisie qui consiste à demander de la culture et de la qualité tout en remplaçant à tire-larigot le moindre programme qui ne fait pas d’audience finira elle aussi.»

Nicolas Demorand, présentateur du 7/10 de France Inter
«J’espère surtout que le financement de l’audiovisuel public sera garanti à périmètre constant, et qu’on en saura plus très vite sur les modalités de la réforme. Ce qui m’a le plus étonné dans cette histoire lors des recherches que j’ai pu faire, c’est à quel point un service public sans pub a été le cheval de bataille de tout ce que la France comptait d’intellos dans les années 80, de Pierre Bourdieu à Max Gallo, en passant par Jacques Derrida.»

Jean-Paul Cluzel, président de Radio France
«Les émissions pourraient être perturbées avec seulement 10% de grévistes, vous savez. Il suffit que quelques salariés de l'antenne soient en grève pour que nos émissions s'arrêtent. En ce qui concerne le fond de la réforme, j'ai une confiance raisonnable en l'avenir. A tout prendre, Radio France est moins touché que France Télévisions, puisque nous avons déjà très peu de publicité sur nos antennes (seules les publicités “institutionnelles» y sont autorisées, ndlr). Chez nous, le manque à gagner sera de 45 millions d'euros, une somme pas très élevée. Et la fin totale de la pub pourrait séduire nos auditeurs.»

Patrick Roger, directeur de la rédaction de France Info
«Difficile de vous dire maintenant quelle sera l'ampleur de la mobilisation sur France Info, mais nous anticipons qu'elle sera importante. L'antenne risque fort d'être perturbée. Ces quelques soucis, nous en avons prévenu nos auditeurs dans une brève reprise trois ou quatre fois dans la matinale d'aujourd'hui (mardi, ndlr). Et ce soir, nous allons diffuser un papier explicatif sur les raisons de la grève.»
Recueilli par Raphaëlle Baillot
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