Ils sont zarbis, pas toujours très nets et ont autant de prestance qu'un lavabo déglingué. Pourtant, ce sont des héros. Entre Betty la mochasse (« Ugly Betty » sur TF1), Earl le petit blanc dégénéré (« Earl » sur M6) et les sans-caravane-fixe Dahlia et Wayne (« The Riches » sur Jimmy), le personnage de série américaine est aujourd'hui un antihéros si poussé qu'il vire au no-héros. Mais pourquoi tant de « freaks » ?
HBO, protectrice des losers Au commencement était HBO. « Cette chaîne à péage s'est illustrée par sa liberté de ton. Et le public a aimé, détaille Estelle Boutière, consultante chez NPA Conseil. Les autres chaînes câblées (Showtime, FX...) ont suivi. Puis les grands networks [groupes audiovisuels], comme ABC. » La concurrence a entretenu la freak-attitude. « Aux Etats-Unis, des centaines de chaînes sont en compétition, note Marjolaine Boutet, historienne et coauteur de 2008, l'année des séries (Ed. Hors Collection). Comme l'audacieux a plu, elles y vont à fond. Dans "Ugly Betty", il y a un personnage de transsexuel, une boulimique... »
Quelque chose en nous de Betty Le no-héros, c'est un peu nous, spectateur ordinaire livré avec ses finitions imparfaites. « Le public ne se reconnaît plus dans les gravures de mode irréprochables... et ennuyeuses ! Ces nouveaux héros permettent l'identification », note Frédéric Foubert, journaliste à la revue Génériqu(e)s.
Le geek est en toi Dans « Heroes » justement, le spectateur a le choix. Une pom-pom girl solaire, un peintre visionnaire... Et devinez pour qui il fond ? Pour Hiro. Petit, pataud, cet informaticien japonais représente le geek type, ce drôle d'oiseau qui vit d'octets et de bandes dessinées. « Les scénaristes de série actuels sont baignés de culture populaire : jeux vidéo, comics... note Frédéric Foubert. Cela contribue à la revanche des geeks et des asociaux ! » Aux Etats-Unis, une des séries du moment est « Big Bang Theory », qui met en scène deux surdoués complètement geek... L'avenir appartient aux binoclards.