Yannick Dehée
Historien de la télévision*.
On a l'impression que la télé se tourne de plus en plus vers son passé avec, par exemple, le jeu « Madame, Monsieur, bonsoir », quiz sur l'histoire de la télé...
La télé a d'abord été un média de l'immédiateté : on vit en direct les premiers pas de l'homme sur la Lune... Dans les années 1970, on commence à insérer des images d'archives. L'étape suivante, ce sont « Les enfants de la télé », émission construite autour des archives, avec un regard éditorialisant. Aujourd'hui, c'est la rediffusion pure et simple, sans commentaires. Une seconde vie ! Le câble rediffuse « Dallas », et ça marche ! On ne regarde pas la série pour savoir ce qui se passe, mais pour rajeunir... Au lieu de cacher qu'on fait du neuf avec du vieux, on assume, en jouant sur la corde sensible. En même temps, c'est un certain aveu d'impuissance.
C'est-à-dire ?
En tant qu'historien de la télévision, je suis frappé par la permanence des genres télévisuels. Si on innove sur le plan formel - on ne filme plus un match de foot comme dans les années 1950 -, les genres sont présents dès le début : le JT, la fiction, le jeu, le talk-show... On peut même trouver des embryons de téléréalité ! Parallèlement, il y a un phénomène d'usure accéléré des personnes et des formats. Fogiel et Delarue savent qu'ils n'auront pas la même longévité que Drucker. Quand ils font de l'audience, on leur programme de plus en plus d'émissions, sur un rythme accéléré. Jusqu'à ce que cela casse. On va vers le « burn-out » [l'épuisement] des gens et des concepts.
Peut-on trouver d'autres raisons à cette vague nostalgique ?
Il n'y a plus vraiment de dépaysement possible : « Thalassa » ou « Ushuaïa » nous ont fait découvrir les plus beaux endroits du monde. Toutes les transgressions ont été faites : les pornos avec Canal+, « Loft Story ». Toutes les émotions ont été explorées... La rediffusion tente de retrouver une certaine pureté de ce temps où la télévision était bien moins concurrentielle et commerciale, où les hommes de télévision avaient une conscience forte de leur responsabilité. Cette émotion délicate des débuts, on ne sait pas la recréer. Alors on va aller la chercher dans les archives.