Présidentielle: Les journalistes devraient-ils être plus radicaux dans leur traitement de la campagne?

MEDIAS Agressions verbales et physiques, faux bonds et langue de bois sont désormais monnaie courante du côté des politiques…

Clio Weickert

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François Fillon sur le site de l'entreprise Thalès à Mérignac, le 25 janvier 2017

François Fillon sur le site de l'entreprise Thalès à Mérignac, le 25 janvier 2017 — UGO AMEZ/SIPA

Courber l’échine ou passer à l’offensive ? Alors que le premier tour de l’élection présidentielle approche à grands pas, les relations entre journalistes et politiques semblent plus tendues que jamais. Agressions physiques (récemment, Hugo Clément de Quotidien a reçu une gifle d’un sympathisant de François Fillon lors de son meeting dimanche), ou encore plantage de dernière minute ( Marine Le Pen « a planté » Patrick Cohen sur France Inter mardi matin), la campagne se corse aussi pour les journalistes politiques. Doivent-ils pour autant répliquer et se montrer plus radicaux dans leur traitement médiatique ?

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Pourquoi les journalistes ne boycottent-ils pas certains meetings ?

De plus en plus pris à partie, parfois même violentés physiquement, les cas de journalistes bousculés lors de rencontres politiques sont de moins en moins isolés. Mais comment faire face à cette hostilité, pourquoi ne boycottent-ils pas tout simplement ce type de rassemblements ? Pour Louis Morin, journaliste du Petit Journal de Canal +, victime de la brutalité du service de sécurité de François Fillon lors de son meeting dimanche, il est hors de question de plier face à cette violence. « On sait que, dans certains meetings, ceux de François Fillon notamment, il y a plus d’agressivité que dans d’autres, explique-t-il à 20 Minutes, mais avec l’expérience on sait qu’il ne faut pas répondre aux agressions verbales, ne surtout pas entrer dans cet engrenage. »

Et quid du boycott ? Pour le journaliste, cette décision pourrait donner du grain à moudre aux politiques. « Cela pourrait être perçu comme un affront, voire se transformerait peut-être en un argument de victimisation », estime-t-il. D’autant que, selon lui, le climat entre les journalistes et les politiques est particulièrement délétère. « Tous les partis, sans exception, ont critiqué les médias », ajoute-t-il. « Une constante », confirme Marlène Coulomb-Gully, professeure à l’université de Toulouse-II Jean-Jaurès où elle enseigne la communication. « Il est fréquent que les politiques s’insurgent contre le pouvoir des médias, cette campagne n’est pas un cas unique. Les politiques et les journalistes sont des associés rivaux, ils se partagent l’espace public et démocratique avec les citoyens et chacun essaye d’imposer son pouvoir. »

Devraient-ils se montrer plus insistants pour interviewer les politiques ?

Marlène Coulomb-Gully reconnaît que, par tradition, le journalisme français est moins agressif que celui des pays anglo-saxons. « Politiques et journalistes ont souvent été ensemble sur les bancs des mêmes écoles, il y a parfois même une proximité sur les plans amicaux et amoureux… Tout cela ne favorise pas forcément la prise de distance », précise-t-elle, saluant tout de même « la niaque et le cran » de Ruth Elkrief et Laurence Ferrari lors du dernier débat présidentiel.

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Pour Alexandre Kara, le directeur de la rédaction nationale de France Télévisions, cette vision d’un journalisme de connivence avec les politiques est dépassée. « La preuve en est, les réactions des invités de nos émissions politiques : il n’y a pas un jour sans que nous ayons des reproches de leur part, ils considèrent que nous avons été trop durs avec eux. »

Pourquoi persister à réinviter des candidats qui les plantent ?

Si un candidat plante un journaliste au tout dernier moment, pourquoi faire fi de cette provocation et inviter à nouveau le lâcheur ? Pour une question de règlement tout d’abord, et « d’égalité stricte », puisque depuis lundi dernier, leConseil supérieur de l’audiovisuel prend garde à ce que les candidats de chaque parti s’expriment de manière égale dans les médias. Toutefois, le même règlement prend en compte ces imprévus de dernière minute, et prévoit « en cas de difficultés identifiées », un échange « entre le CSA et le média concerné, afin que celui-ci puisse faire valoir les contraintes auxquelles il a pu faire face (par exemple, refus de certaines personnalités de participer à des émissions politiques) ».

Alors, pourquoi ne pas en tenir rigueur aux candidats ? Au-delà des règles, Alexandre Kara juge quant à lui qu’il ne faut surtout pas en faire « des affaires personnelles », surtout en tant que service public. « Notre rôle est d’éclairer les électeurs, et en aucun cas de prendre parti, ni d'entrer dans une logique de guerre. Nous ne sommes pas acteurs, mais médiateurs. » La loi du talion n’est donc pas de mise.