Sarkozy et les musulmans, une histoire sur le Net

INTERNET -Comment l'information a suscité le buzz en ligne...

Alice Antheaume

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Nicolas Sarkozy, taxé "d'hyper-président" par ses détracteurs, doit présenter jeudi, lors d'une "réunion républicaine" à Epinal (Vosges), ses pistes de réflexion pour des réformes institutionnelles, qui devraient accentuer la présidentialisation du régime.

Nicolas Sarkozy, taxé "d'hyper-président" par ses détracteurs, doit présenter jeudi, lors d'une "réunion républicaine" à Epinal (Vosges), ses pistes de réflexion pour des réformes institutionnelles, qui devraient accentuer la présidentialisation du régime. — John Thyz AFP/Archives

L’histoire fait du bruit sur le Net. Mercredi dernier, Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles pour «Libération», racontait sur son blog que Nicolas Sarkozy s’était livré à une «véritable diatribe anti-musulmane» devant le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, puis son homologue suédois, Fredrik Reinfeldt. Le post fait mouche et suscite 400 commentaires en ligne, sans compter la vingtaine de ceux qui ont été supprimés, «antisémites ou racistes», justifie Quatremer qui se dit «sidéré» par l’ampleur du buzz. Pourtant, l’histoire reste aux confins de la blogosphère.

Deux jours plus tard, le journaliste écrit, toujours sur son blog, un deuxième post intitulé «comment se fait l’information» pour expliquer notamment par quel biais il a eu vent du discours de Nicolas Sarkozy: les journalistes ne sont pas «invités à assister aux rencontres entre dirigeants: le huis clos est la règle, dit-il. Que ce soit une bilatérale ou un sommet, nous sommes donc obligés de nous contenter de sources soit qui ont assisté à la réunion, soit à qui l’un des participants a raconté la réunion.» Cette fois, deux sources concordantes qui «ne se connaissent pas» ont relaté à Quatremer les propos du président de la République. Pour le correspondant, ce que dit Sarkozy sur «le choc de la civilisation entre l’Orient et l’Occident est dans la droite ligne de ses pensées (...). Ce qui est plus étonnant, c’est la réaction des ministres étrangers un peu bouleversés de découvrir comment Sarkozy peut être agité.»

De la blogosphère aux médias traditionnels
Pourtant, la semaine se passe et aucun journal ne parle de l’événement. La grève des transports ayant pris d’assaut l’actualité, le blog de Quatremer est passé inaperçu. Jusqu’à ce que, ce lundi, «Libération», prenant conscience du nombre de commentaires sur le blog de leur journaliste, publie un article dans ses colonnes. Quatremer y raconte à la première personne son aventure sous l’angle "coulisses de l’information". A ce moment-là, l’affaire quitte la seule sphère d’Internet pour toucher une audience plus grand public et les médias traditionnels s’en emparent.

Pourquoi la teneur des propos de Nicolas Sarkozy n’a pas été publiée plus tôt? «Libération est un journal qui ne connaît pas la censure, répond Jean Quatremer. Mais il n’y avait pas de place dans le quotidien et je n'ai peut-être pas assez insisté auprès de la rédaction à Paris. C’est tout le problème de la lourdeur du papier comparée à la souplesse du Net, où l’on écrit ce qu’on veut quand on veut.» La preuve, s’il en était encore besoin, que le Net n’a pas besoin de papier pour qu’une information soit ébruitée.

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