Quand le sorbonnard n'aime plus le scribouillard

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Publié le 13 novembre 2007.

Récepteur de micro sans fil arraché, bombe de peinture pointée vers l'appareil photo, matraque télescopique exhibée façon Max la Menace : les témoignages de journalistes pris à partie par des étudiants vindicatifs se ramassent aussi sûr que les copies dans les amphis. « Ce sont des groupes minoritaires qui nous emm..., pas tous les étudiants », précise un photographe, présent à Rennes ce week-end pour couvrir la coordination nationale contre la loi sur l'autonomie des universités. N'empêche, la grogne de quelques-uns contre la profession, en sommeil depuis les manifs contre le CPE, a gagné en violence. « Sur un poteau, j'ai vu un dessin avec un pendu estampillé AFP », poursuit le photographe. « Samedi à Rennes, un groupe a dessiné au sol des barbelés pour délimiter une zone réservée aux journalistes, raconte Serge Lenauld, journaliste reporter d'images à France 3 Ouest. Ensuite, ils nous ont empêchés d'aller aux AG. Comment vérifier qu'ils étaient 80 comme ils le disaient ? On ne peut plus bosser. » Dimanche, le manège a repris, alors il a levé le camp avec ses confrères de France 2, Radio France Armorique, Ouest-France et l'AFP.

Cette défiance, néfaste à la qualité de l'info, était jadis réservée à la télé - en particulier à « l'affreux TF1 ». Désormais, tous les médias sont suspects : « A la fac de Saint-Denis, j'ai dû me justifier devant tout un amphi sur ma présence. Grosso modo, tous les journalistes seraient à la botte du pouvoir », sourit Bertrand Métayer du Parisien. La bonne entente entre le sorbonnard et le scribouillard, c'est du passé ? « La critique envers les médias de certains intellectuels est virulente, comme s'ils leur disputaient la légitimité et la maîtrise du récit, pointe le sociologue Jean-Marie Charon. Mais ces incidents se multiplient aussi dans les mouvements sociaux. C'est la blague des reporters télé : avant ils suivaient les manifs depuis l'intérieur des cortèges, maintenant c'est derrière les CRS. » « Certains étudiants pensent, parfois à juste titre, que les médias manquent d'objectivité, note Bruno Julliard, président du syndicat majoritaire Unef. Mais s'en prendre aux journalistes par des gestes ou des insultes est contre-productif. C'est mauvais pour la démocratie, et ça m'étonne de la part de notre génération, qui a grandi avec les médias. Elle devrait savoir gérer ses relations avec la presse. »

Raphaëlle Baillot - ©2007 20 minutes
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