«Téléramadan», le nouveau projet de Mouloud Achour, ancien trublion de Canal+

MEDIAS Mouloud Achour, ancien chroniqueur au « Grand Journal », a lancé lundi la revue « Téléramadan » pour « réagir aux approximations et aux humiliations diverses »…

A.Che.

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Mouloud Achour, en 2013.

Mouloud Achour, en 2013. — NO CREDIT

Alors que le ramadan débutait ce lundi, Mouloud Achour, Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah lancent la revue annuelle Téléramadan, contraction de Télérama et ramadan. Dans son premier édito, l’équipe explique qu’elle souhaite « réagir aux approximations et aux humiliations diverses » pour raconter toutes les facettes de l’islam. Retour sur le parcours de Mouloud Achour.

2008 : Ses débuts au Grand Journal sur Canal +

 Mouloud Achour se fait connaître du grand public sur le plateau du Grand Journal. Chargé de suivre les nouveaux mouvements, il détecte les tendances sans se prendre au sérieux. Passionné de rap, il présente chaque vendredi la Bataille Musicale, aux côtés de Tania Bruna-Rosso.

Pas rasé et toujours en tee-shirt, le journaliste se fait aussi remarquer pour le ton décontracté de ses interviews. Un style décalé qui séduit puisqu’en 2011, le journaliste obtient sa propre pastille – le Daily Mouloud. Le trublion de Canal + garde sa marque de fabrique pour interviewer les politiques pendant la campagne présidentielle de 2012, comme Eric Ciotti et Philippe Poutou.

2012 : Une tribune dans Libération et un « Oscar » de Jean-Marie Le Pen

Etre là où l’on ne l’attend pas. En 2012, Mouloud Achour signe une tribune dans Libération, « Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous ! » Partir pour mieux revenir, clame en substance le texte. Mais Jean-Marie Le Pen, alors président d’honneur du FN, y trouve l’occasion de lâcher un commentaire xénophobe, filmé par La Nouvelle République : « [Mouloud Achour] pourrait aussi conseiller à ses copains ou ses cousins de ne pas venir. Mais non, je pense qu’il conseille aux Français de partir pour que les cousins d’Algérie puissent venir à leur place. »

Sur le plateau de La Nouvelle Edition de Canal +, l’intéressé répond : « Ça s’appelle un Oscar, dans une vie, d’être taclé par Jean-Marie Le Pen », ironise-t-il. Avant de compléter : « Sur le fond, je conseille à mes cousins, à mes amis, de rester en France et d’en faire un grand pays prospère pour combattre ces idées nauséabondes. » Le chroniqueur en termine ainsi avec l’image de petit rigolo de Canal + qui lui colle à la peau. « J’étais trop content. On ne m’attendait pas sur le terrain des idées », a-t-il déclaré dans une interview du Bondy Blog, un an après.

2014 : Le passage réussi de Clique, de la télé au web

Après une saison seulement, la direction de Canal + décide de ne pas renouveler le magazine de Mouloud Achour, Clique, faute d’audience. Il rebondit alors sur le web avec la déclinaison  Clique.tv, décrit comme « le nouveau média d’information qui ne s’intéresse pas à l’actualité mais au monde actuel ». Dans la rue ou sur un canapé, avec le rappeur Kaaris ou le philosophe Alain Badiou, Mouloud Achour réhabilite la conversation. Le journaliste débute invariablement ses vidéos par un « ça va bien ? », adressé à son invité. Et ça marche. Grâce à des interviews exclusives, comme celle de Kanye West, le site a dépassé les 29 millions de vues, dont « 60 % aux Etats-Unis », a précisé Mouloud Achour dans une interview accordée ce mardi matin à France Inter.

2014 : Son coup de gueule contre le « Gérard des quotas »

Les Gérards, émission qui se paye la tête des animateurs du petit écran, attribue à Mouloud Achour le « Gérard des quotas ». Un parpaing que l’animateur désapprouve sur le plateau de Touche pas à mon poste. « Il y a un racisme invisible et permissible qui s’installe à la télévision le soir. C’est de notre responsabilité de s’insurger un petit peu contre ça. » Et de s’emporter : « Quand je vois des fils de p**** comme les mecs des Gérard qui me remettent le truc du meilleur quota alors que ça fait 15 ans que je suis journaliste, que je bosse comme un fou, que j’ai tenu des journaux, que j’ai fait des documentaires, ça fait mal au cul. »

2016 : Lancement de la revue annuelle Téléramadan

A 35 ans, le touche à tout originaire de Noisy-le-sec (93) poursuit ses expérimentations. Aux côtés de Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah du Bondy Blog, il lance la revue annuelle Téléramadan. Ni kiosque, ni librairie, la revue est disponible depuis le 6 juin en commande sur son site. Face aux difficultés de trouver un éditeur, l’équipe a créé sa propre maison d’édition, « Les éditions du Grand Remplacement ». Un pied de nez à la thèse de l’écrivain Renaud Camus, selon laquelle les populations d’origine immigrée sont en train de conquérir la France.

Le projet part « d’une blague. On voulait faire sur tout ce qu’on avait aimé dans l’année », explique Mouloud Achour à France Inter, une des rares interviews qu’il a acceptées de donner pour ce projet. Mais le 13 novembre a changé la donne et l’équipe a souhaité « ramener de la réflexion et du calme sur l’islam », confient Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah à France Culture.

Dans ce numéro de plus de 100 pages, une dizaine de « plumes » racontent l’islam dans sa diversité – d’un reportage sur la façon dont les migrants à Calais vivent leur foi, aux recettes de cuisine de Choumicha, « l’une des plus grandes cuisinières marocaines » avance Mouloud Achour au micro de France Inter. Selon lui, pas de communautarisme religieux. Seulement un communautarisme des « idées, de ceux qui veulent bouger ». En précisant que « les trois quarts des gens qui écrivent dans Téléramadan ne sont pas musulmans », Mouloud Achour assure : « On est capables de raconter une France qui parle à tout le monde. »

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